Les instants non formulés
Deux enfants menaient une joute verbale répétitive à coup de "Une prout, c'est naturel !" / "Non, c'est mortel !". Dans sa poussette, une petite fille a pointé du doigt tout le long du Parc Royal alors que le tram le longeait, pour lui dire "Au revoir, parc. A demain" lorsque le tram l'a dépassé. Sa maman et moi avons échangé un sourire. Je termine "En un monde parfait", le roman de Laura Kasischke dans lequel une ex-hôtesse de l'air baigne dans une étrange ambiance d'épidémie. Je réalise que je l'ai lu en grande partie dans la salle d'attente d'hôpital parsemée d'affiches de prévention du virus Ebola. Elles montrent un avion et indiquent les précautions à prendre en cas de fièvre au retour de voyage. Entendre prononcer le mot "pugnace" deux fois dans une même journée alors qu'en 30 ans de vie, je pense n'avoir fait que le lire sans jamais l'entendre. Un vendeur de comics expliquait avec aplomb que si les animaux domestiques continuaient à manger des protéines cuites, ils acquerraient une intelligence proche de celle des humains : "Oh, ça prendrait des milliers d'années, mais regarde les vidéos de lol cats qui miaulent en faisant des vocalises, ils imitent déjà la parole humaine". J'essaye de ne pas voir dans une plante qui refuse de pousser le signe que mon ventre ne va pas gonfler.
