Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

25 février 2016

La porte

 

door

Notre petite fille se fait attendre. Le terme prévu pour le 21 février est dépassé de quelques jours et le suspens est intense. Rien d’anormal à cela, les premiers bébés sont généralement plus long à venir et la médecine n’a jamais eu pouvoir de prédiction sur la nature. Notre bébé est bien en forme à l’intérieur de mon bidon et attend juste son moment.

Mais au-delà du suspens insoutenable malgré mes journées bien remplies (siestes et promenades, lectures et méditation, auxquelles j’ai récemment ajouté montées et descentes d’escaliers et lavage de carreaux en désespoir de cause), je sens en moi une inquiétude monter.

C’est qu’attendre un bébé qui ne vient pas, c’est une sensation que nous avons beaucoup éprouvée les dernières années. La solitude - pourtant bienvenue - des journées de repos pré-accouchement et les émotions font remonter cette analogie malgré la présence concrète de ce bébé dans mon ventre (j’ai pris près de 20 kilos et cette petite est plutôt du genre tonique dans ses coups de pieds) et – déjà - dans environnement domestique, transformé pour l’accueillir.

Mais je me suis rendue compte il y a moins d’une heure que je n’avais pas affaire à une analogie dont le sens apparait par hasard par la mise en présence d’émotions similaires. Cette inquiétude a toujours été là et devient plus aigue maintenant. En effet, j’ai eu une grossesse très zen et depuis peu, chaque matin de plus après le terme, je me réveille angoissée à attendre le premier coup pied qui va m’assurer de sa présence. Pendant tous ces mois d’infertilité, j’ai intégré, tel un réflexe pavlovien, le processus qui consiste à espérer très fort avoir un enfant, et que cet enfant rêvé me soit retiré au dernier moment tous les 28 jours. A l’époque, ma psy avait fait d’autres analogies : la perte brusque de son fils par ma grand-mère notamment, qui m’aurait imprégnée par psychogénéalogie. Dubitative, j’étais. Mais le truc semble bien ancré tout de même. C’est abasourdissant d’irrationalité mais au fond de moi, j’ai cette peur qu’on m’ait laissé espérer 9 mois et qu’on me retire le fruit de cet espoir à la dernière minute. Comme si rien de tout cela n’était réel. Si je laisse apparaître mes sensations dans leur plus simple appareil, il semble que j’ai beau être enceinte depuis 9 mois, c’est l’accouchement qui mettra fin à l’infertilité.

Alors, depuis que j’ai compris ça, je me répète comme un mantra : "c’est mon bébé, il est bien là et il va arriver". Plutôt que cette phrase, répétée trop de fois, de façon anodine et sur le ton de l’humour aux innombrables personnes qui téléphonent/textotent/mailent/facebookent pour savoir si elle est/va arriver : « non, elle ne veut pas sortir – triple smiley ».

Je ne sais pas si cela aura un impact transcendant. Je suis sensible aux significations cachées mais je n’ai jamais été très psychédélique dans mon rapport au monde. Je continue donc à manier la patience (dont je suis définitivement peu pourvue) et à pratiquer les escaliers. Mais changer d’état d’esprit ne peut pas faire de mal.

Si le passé de chaque mère en devenir parsème d’obstacles psychologiques son voyage à travers l’accouchement, comme semblent le penser plusieurs sages-femmes pourtant tout aussi au fait du processus physiologique et de son caractère imprévisible et irrégulier, voilà peut-être mon histoire et la petite porte que je dois franchir pour faire sortir mon bébé au grand jour et devenir maman pour du vrai. D’ailleurs, je suis déjà maman pour du vrai. L’intensité de l’amour que je ressens pour cette petite fille est très réelle.

Posté par Ness - Thor à 13:18 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Je peux imaginer ton/votre impatience et je compatis. Cette petite est trop bien dans ton ventre, je ne vois pas d’autre explication, c’est une futée
    Et plus sérieusement, je suis super touchée par la tendresse qui transparaît à travers ton texte.
    Je t’envoie plein de bonnes ondes pour l’accouchement !

    Posté par Shermane, 25 février 2016 à 16:06
  • Me suis abstenue de texto de type "et alors ?!" mais là je te glisse un mot, sans savoir où tu en es aujourd'hui. En tout cas tes mots à toi sont comme toujours emplis de sens et de sensibilité - comme dirait Jane Austen.
    Des pensées douces pour t'accompagner. Et des bises aussi !

    Posté par mmarie, 26 février 2016 à 18:17
  • Je pense très très fort à toi. Ton article est très vrai : la maternité est une transformation.
    Je te (vous !) souhaite toute la douceur possible dans ce moment crucial !

    Posté par Fileuse, 28 février 2016 à 17:17

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