Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

09 avril 2015

La force futile du narcissisme

miroir

 

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Aujourd'hui, j'ai rendez-vous pour une petite chirurgie sur le visage, à visée esthétique. Je vais me débarrasser d'un signe distinctif que je porte depuis l'enfance, que j'ai assumé à l'adolescence malgré l'ingratitude de l'âge et que je ne supporte plus maintenant. Entre autre parce qu'il a un peu évolué.  "Maintenant" est une donnée très précise et limitée pour dire "j'y pense - à intervalles de plus en plus réguliers et parfois en permanence - depuis près de 3 ans". C'est la place que ça occupait dans ma tête qui m'a décidé à passer à l'acte. Et le fait d'entrevoir une pause, un créneau, dans un autre parcours médical. Pourquoi cela a-t-il pris du temps et pourquoi je me remets à tergiverser à quelques heures de mon rendez-vous? Parce que j'ai la sensation de devoir choisir entre un signe distinctif et une cicatrice dont personne, même le chirurgien à qui j'ai déjà fait confiance et qui les réussi très bien, ne peut prédire la forme. Le tout à un endroit féminin et sensuel. Parce que j'ai l'impression qu'en me débarrassant d'un signe distinctif, j'aurais un visage quelconque et que je pense que j'aime bien être un peu spéciale (mais ça ne s'applique plus aujourd'hui. Vu les dernières évolutions, je trouve ça moche plus que spécial et ça m'obsède et me limite). Parce que je ne veux pas entendre mon entourage dire qu'il trouve ça mieux après (auquel cas je risque de ressentir des complexes rétrospectifs malgré toutes les années où j'ai assumé. Ce serait dommage, quand même) ou qu'il aimait mieux avant (auquel cas je risque de regretter). Je me laisse rarement perturber par l'avis des autres, mais là, je doute vraiment. Alors je préfère ne pas savoir. 

Voilà, c'était mon point narcissisme démesuré, rapport à la petitesse du signe distinctif en question et de la cicatrice à venir. ça me fait l'effet que c'est un peu comme décider de se faire un tatouage, mais à l'envers. Heureusement, mes premières rides, levier de la philosophe qui sommeille en moi, sont là pour me rappeler qu'un visage n'est pas voué à être figé dans le temps. Hum. Et au moins, ça m'évite de penser à la seringue et au scalpel. Ainsi qu'à ce que ça va me coûter. Où à toute forme de cancer de la peau. Mon narcissisme me protège par sa force futile, c'est formidable. 

Posté par Ness - Thor à 09:53 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

    Effectivement un visage est voué à changer. Mais je comprends tout à fait tes appréhensions, bien naturelles: après des années avec un signe distinctif, quel qu'il soit - et encore plus sur le visage - on a beau ne plus en pouvoir, c'est forcément un changement. Je ne sais pas pour toi, mais j'aime les cicatrices, tant qu'elles ne dévisage pas, bien entendu. J'aime le fait qu'elles racontent une histoire, notre histoire. En tout cas, bonne chance!

    Posté par Elanorlabelle, 09 avril 2015 à 11:27
  • 10 jours après, que penses-tu de ton geste?

    Pour l'avoir expérimenté moi même et avec des proches, on oublie très vite la présence (ou l'absence) de ces marques. Plus personne ne se souvient que ma grand-mère avait un grain de beauté préoccupant sur la joue, plus personne ne vois la cicatrice pourtant visible d'accident de voiture sur la joue de ma belle-sœur, plus personne, pas même moi, ne prête attention aux petites cicatrices et autres déformations du visage que j'ai accumulé au court du temps (cicatrice en croix sur le menton, brûlure de méduse sur la tempe, brûlure d'acide sur la joue, marques de grattage intensif de dermite, etc).
    Ce n'est qu'en regardant de vieilles photos qu'on se dit "ah oui tient, c'est vrai qu'il-elle-on avait ce truc sur le visage"...

    Pour la petite histoire, ma maman à eu une greffe de peau sur la moitié du visage lorsqu'elle était toute petite (il y a donc plus de 50 ans). Tu t'en doute, les techniques de chir esthétique ont bien évoluées depuis, et c'est vrai: sa cicatrice est visible. Moi, je ne l'avais jamais "vue", sans doute parce que c'est ma maman, et que je l'ai toujours connue comme ça. Mais j'ai été choquée de constater que certains élèves de ma maman (elle était enseignante) ne l'avaient pas remarqués non plus, et étaient tout étonnés lorsqu'un autre élève évoquait le sujet... Je crois que c'est surtout une question d'acceptation de soit, de faire passer aux autres le message que ce visage (avec ou sans signe distinctif ou cicatrice) c'est le tien, deal with it!

    (et je comprends mieux maintenant l'histoire des fils sur IG)

    PS: petits conseils de la part d'une fille qui cumule les cicatrices: évite le soleil pour ne pas "marquer", et hydrate bien en massant pour que la cicatrice soit souple.

    Posté par Zéphine, 20 avril 2015 à 03:26
  • @ Elanorlabelle : merci pour ton commentaire encourageant

    @ Zéphine: Je suis soulagée de constater une toute petite suture, plus petite en fait que ce que le chirurgien avait prévu. Bien sûr la cicatrice doit encore évoluer et "se faire", on verra ce que ça donne (à coup d'écran total et de massage), mais c'est très engageant. Par rapport à ma peur de la cicatrice, je regrette presque de ne pas l'avoir fait avant du coup.
    Par rapport à des avis extérieurs qui pourraient s'immiscer dans mes doutes, je maîtrisais bien le "deal with it" avec les grains de beauté (peu importe mon âge, les réflexions agréables ou pas et même quand ils ne me plaisaient plus), je devrais pouvoir le pratiquer encore maintenant. En y réfléchissant, lorsque j'essaye d'identifier les personnes qui pourraient faire une réflexion sur le changement, ce sont celles qui en faisaient déjà de peu appropriées avant changement en fait, et elles m'agaçaient déjà plus que ce qu'elles m'atteignaient. La plupart des autres gens s'en foutent.
    En terme de regrets, je pense que je regrettais déjà ce signe distinctif, dans sa version du temps où il était encore joli, ce qui n'était plus le cas depuis longtemps, donc on peut considérer que j'en avais déjà fait le deuil (que de grands mots pour un détail), retrait ou pas. Et puis, j'ai fait ça pour pouvoir recommencer à m'amuser avec des rouges à lèvres, donc vite que mes cicatrices se stabilisent et à moi les couleurs!
    Et puis (parce que c'était un peu présent qd même), je suis rassurée par les résultats d'analyses (bons)!

    Posté par Ness, 20 avril 2015 à 10:45
  • La crème

    Hello toi,
    n'oublie pas de ne pas l'exposer au soleil dans un premier temps. Je ne sais plus quelle marque fait un stick qui à la taille d'une rouge à lèvre, qui tient dans un sac et qui permet de proteger la cicatrice en cas de soleil inattendu.
    Pour le reste, pareil que les autres, au début on voit beaucoup la cicatrice, on ne voit que ça et quelques années ensuite on oublie qu'on l'a, elle fait partie de l'histoire...

    Posté par Sophie, 23 avril 2015 à 13:57

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