Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

01 avril 2014

Une vision d'ensemble

umbrella

Nous essayons de faire un enfant depuis suffisamment longtemps pour que la tristesse et les tests médicaux prennent le pas sur la beauté et la joie de se projeter dans l'idée d'être une petite famille. Avec en prime, l'inquiétude que je ne m'étais jamais figurée, de se découvrir "malade" de quelque chose qu'on ne soupçonnait pas, là où la minute d'avant nous étions en bonne santé. En outre, le silence, à l'exception des quelques rares personnes dans la confidence, provoque la sensation grandissante de vivre en décalage avec mon entourage qui ne sait pas quelle chose énorme se trame dans ma vie, et dans une certaine solitude. Même si ce n'est pas politiquement correct, il me faut aussi beaucoup de sang-froid pour continuer à côtoyer les plus fertiles de mes amies et ne pas laisser mourir nos amitiés par difficulté de me confronter à des ventres ronds.

Récemment, le moment est venu où je ne pouvais plus reculer et j'ai du prendre les affaires de mes parents en main. Pas par loyauté filiale : j'ai passé la dernière année à mettre en place et respecter des limites claires pour séparer nos vies. Mais car leur non liquidation et répartition équitable du seul patrimoine qu'ils ont, une maison en ruine, pourrait à terme avoir pour conséquence que l'un d'eux, voire les deux, finissent à notre charge, à ma soeur et à moi. Mon père se montre malhonnête, ma mère ne peut se défendre seule en raison d'un mélange d'inconséquence, de manque de moyens financiers et de décalage socio-culturel qui la rend incapable de gérer une situation aussi complexe. A l'âge où la plupart des autres parents autour de moi paient les peintures de leur progéniture nouvellement propriétaire, j'ai avancé une somme folle pour payer une avocate afin qu'elle attaque l'un de mes parents et le pousse à vendre la maison de mon enfance. Je suis en colère et meurtrie comme une enfant qui n'aurait jamais du avoir à prendre ces décisions. Chaque rendez-vous, chaque pièce du dossier que j'ai du imprimer m'a pris une énergie folle. 

L'incertitude qui entoure mon avenir ne demande qu'à me submerger. Non pas que j'ai peur de ne pas retrouver d'emploi. Je suis plutôt (trop?) optimiste ou, plus précisément, confiante en mes ressources et mon ingéniosité. Mais il y a le temps que je veux consacrer à me poser la question de savoir ce que je veux faire professionnellement, que je ne peux anticiper de beaucoup. En attendant m'arrivent tous les jours des nouvelles décevantes de l'université qui précarise mon statut en même temps que son propre rôle social à la recherche d'une place dans les rankings internationaux, ce qui augmente ma colère tant que mon envie de m'engager contre ce processus. Et surtout, cet enfant qu'on désire et dont on ne peut prévoir la date d'arrivée me fait vivre, de mois en mois et depuis tellement longtemps, avec deux calendriers différents en tête, quitte à me rapprocher de la schizophrénie. 

Pour toutes ces raisons, la thèse, malgré la douleur de l'écriture, n'est pas exactement ce qui provoque mes crises de panique. La panique de thèse est une matérialisation, une conséquence, d'un épuisement qui a grossi ailleurs. Les derniers mois ont été très durs. J'avais perdu l'équilibre, je ne voyais plus aucun des petits bonheurs qui parsèment le quotidien.

En ce moment, je sors la tête de l'eau. Je profite de l'éclaircie actuelle, qui n'est peut-être qu'un calme avant une nouvelle tempête dont je ne veux pas m'inquiéter tout de suite : l'arrivée des résultats médicaux et la réponse de mon père au courrier de l'avocate. Je couche calmement sur le papier ce mélange d'émotions négatives car, forte de cette éclaircie, je visualise mon moi futur venir relire tout ça avec affection pour mon moi présent et la force sereine de celle qui est passée au travers de la tempête.  

Posté par Ness - Thor à 10:24 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [14] - Permalien [#]

Commentaires

    De tout coeur avec toi

    (hugs virtuels) (coeur)*

    * ya pas que sur IG que je n'arrive pas à faire les coeurs

    Posté par Zéphine, 01 avril 2014 à 10:43
  • Mes pensées exprimées maladroitement ici peuvent paraître bien vaines. Je t'embrasse. Si tu veux, tu as mon mail, n'hésite pas. Vraiment.

    (Juste un mot à propos des calendriers parallèles : un enfant, s'il se désire, ne se programme pas. Une fois qu'il est là - et je vous le souhaite - on aménage les choses et le temps, on s'organise ; je dirais même "ça s'organise"). Oh j'espère ne pas avoir l'air sentencieux. C'est ma grande compassion et ma petite expérience et mon coeur qui parlent.

    Posté par mmarie, 01 avril 2014 à 11:53
  • Je trouve que comme toujours tu as l'art de bien analyser les situations, le positif, le négatif, ce qui pose problème. Juste le fait de l'avoir fait devrait faire avancer (un peu) les choses. J'avais envie de dire aussi qu'une fois que tu auras évacué de ta tête les plus gros problèmes, la conception d'un enfant deviendra plus facile, mais je m'avance beaucoup en disant ça puisque je ne connais pas les éventuels problèmes médicaux (j'espère de tout coeur qu'il n'y en a pas).

    Je n'arrive peut-être pas à bien m'exprimer, là par écrit, mais n'hésite pas à me contacter pour quelque chose de plus oral si tu en as envie. Tu as tout mon soutien.

    Gros bisous et hugs virtuels

    Posté par Sunalee, 01 avril 2014 à 12:00
  • Je suis de tout coeur avec toi.
    Je voudrais aussi avoir un bébé, mais depuis le début, je sais que ça va être compliqué pour nous. Dès le premier jour de notre relation, avant qu'il ne se passe quoi que ce soit de plus engageant qu'un baiser à l'aéroport, mon chéri m'as annoncé qu'il ne pourrait jamais avoir d'enfants naturellement. Et même avec un traitement, ça ne change rien pour lui. Depuis le début je sais qu'on devra faire appel à une tierce personne. Je sais que le moment venu ce sera dur. Je sais que je vais devoir attendre d'avoir un boulot pour commencer ce processus, mais j'ai peur d'être trop vieille d'ici là, qu'on ne me laisse pas cette possibilité. Nos histoires sont très différentes certes, mais je compatis avec toi. J'entrevois à peine la douleur que le désirs d'enfant insatisfait provoque alors je t'envoie mille pensées positives, en espérant que vos résultats seront bons.

    N'hésite pas à me contacter si tu veut.

    Bisous

    Posté par stella, 01 avril 2014 à 12:27
  • J'allais dire quelque chose de similaire au commentaire de Sunalee. Tu as l'air de vivre une période stressante et lourde et ce sur plusieurs fronts. Moi aussi j'assimilerai facilement la venue d'un bébé "qui se fait attendre" à cette situation. Parfois trop de cogitation dérègle le corps (ça marche dans l'autre sens, lorsqu'"on" a peur d'être tombée enceinte, que ce n'est pas le bon moment, et que les règles ne viennent pas, on stresse plus encore, et ça ne vient toujours pas, ...).
    J'espère que ce n'est "qu'un" simple blocage et non un problème de santé. Et quand bien même, il y a toujours deux solutions à un problème.

    Je croise les doigts, et j'espère un jour croiser mes aiguilles pour tricoter une bricole (ou 2 ou 3) à un petit bout qui se cachera sous ton ventre tout rond <3

    Posté par Letipanda, 01 avril 2014 à 12:36
  • @ toutes: merci du fond du coeur pour votre soutien. Je souhaitais écrire positivement et sans provoquer d'inquiétude cette " vision d'ensemble " mais votre gentillesse se fraie toujours un chemin au-delà des mots que j'emploie et de la façon dont je délivre le message.

    Je vous parle de difficultés, d'inquiétude et de tristesse rencontrées sur le chemin, mais le fin mot de l'histoire, nous l'attendons encore et l'avantage de cet entre-deux, c'est qu'il peut encore être positif.

    Concernant le facteur psychologique, je lis et j'entends chez les personnes qui nous en parlent beaucoup de gentillesse et l'envie de nous rassurer. Mais je souhaiterais néanmoins ajouter que le facteur psy est très aléatoire et qu'il peut être légèrement culpabilisant. Personne ne demande jamais aux couples pour qui ça marche tout de suite s'il étaient au moment de la conception les maîtres zen (façon de parler) que nous nous efforçons d'être actuellement pour que ça fonctionne. Et je pense qu'aucun d'eux ne l'étaient vraiment. Si nous nous sommes lancé, c'est en comprenant que faire un enfant soulève autant de joie que d'inquiétudes du lendemain et que si on les laisse prendre le dessus, ce n'est jamais le bon moment. C'est donc avec autant de lâcher prise que la plupart des futurs parents je pense que nous nous sommes lancés dans l'aventure. Cependant, je ne nie pas l'impact psychologique et j'ai conscience que chemin faisant, je suis de moins en moins dans une phase facile de ce point de vue là (ce qui n'était pas le cas au début de notre projet).

    @mmarie : ton expérience est la bienvenue surtout si elle m'invite à toujours plus de lâcher prise. Je fais en réalité preuve de prévoyance de choses imprévisibles (on ne se refait pas, c'est dramatique ) : disons que je m'apprête à voir ma vie être révolutionnée, à devoir m'adapter à un chamboulement et même, à ne pas pouvoir imaginer ou prévoir l'ampleur de celui-ci et que ça commence à un bail que je suis dans cet état d'esprit... Avec en prime, maintenant, un cadre professionnel en transition.

    @stella: j'espère que tes projets se concrétiseront ♥

    Posté par Ness, 01 avril 2014 à 14:21
  • Le désir d'enfant m'étant une chose totalement inconnue, je ne peux pas dire grand-chose de pertinent à ce sujet (ce qui ne m'empêche pas de compatir et de te souhaiter le meilleur).
    Par contre, sans être identique à la mienne, ta situation vis-à-vis tes parents me parle davantage. Il est très difficile ce moment où tu te rends compte que tu deviens le parent de tes parents, que le rapport de responsabilité s'inverse et que la personne la mieux qualifiée pour prendre une décision adulte, c'est toi maintenant. Qu'il n'y a plus personne au-dessus de toi pour te protéger (même quand tu n'as jamais vraiment compté sur tes parents pour ça). Je ne sais pas si je m'exprime bien, ou peut-être que je me méprends sur ton ressenti. Quoi qu'il en soit, je trouve très bien que tu puisses analyser ça calmement et poser des mots dessus.
    Il me semble que l'époque rend tout très incertain. A moins que ce soit l'âge? Tu es l'une des nombreuses personnes autour de moi qui depuis un an ou deux expriment qu'à peu près rien dans leur vie ne se passe comme prévu. C'est douloureux de voir des acquis remis en cause, ou des rêves sembler se dérober. Dans le meilleur des cas, ça peut être une source d'enseignement et de sagesse, ou obliger à chercher des voies alternatives qui se révèleront finalement satisfaisantes. J'espère que tu seras heureuse d'une façon ou d'une autre.

    Posté par Armalite, 01 avril 2014 à 16:38
  • @ Armalite: Je suis complètement d'accord avec toi. En réalité, professionnellement, je n'avais rien de prévu ni de ligne définie, chaque voie est en fait pour moi alternative. Je ne sais pas si envisager les choses de la sorte est une sagesse, mais cela me permet de penser large et me donne cette liberté et cette confiance que je peux être heureuse ailleurs et c'est un plus. Cette période de transition n'en est pas moins une période de turbulence. Par contre, la déception d'un milieu dans lequel j'investissais intellectuellement beaucoup est réelle. Je n'étais pas naïve au départ, mais là, ça frôle l'incompatibilité complète.
    Tu exprimes très bien le ressenti par rapport à ce type de relation parentale. J'ajouterais que le souci avec des parents qui sont des enfants, outre l'énergie que cela demande, est le 'deuil' incessant et chaque fois renouvelé que je fais du fait de n'avoir personne au dessus de moi pour te protéger ou plutôt m'accompagner. Je pensais naïvement que l'histoire de ce manque s'arrêterait à l'âge adulte, une fois mon indépendance acquise... Mais je vis d'autres choses, la relation avec mes parents est loin d'être affectivement nulle.
    Quant au désir d'enfant, je suis à peine plus à l'aise que toi pour en parler. Ce souhait est venu tardivement et suite à une mutation essentiellement " intellectuelle " et puis seulement, je lui ai fait une place dans mon corps et dans mes "désirs". Je suis moi même décontenancée face à la tristesse que cela provoque. Mais j'y reviens en réponse à ton commentaire car à ce sujet, il est flagrant que l'image idéalisée qu'on se fait d'une chose peut être la pire source de tristesse. Chaque personne dans la confidence est une personne de moins à qui ont annoncera la " nouvelle-surprise " comme dans les films, par exemple.

    Posté par Ness, 01 avril 2014 à 17:34
  • <3 <3 <3 (Je suis émue donc peu productive dans mon commentaire !)

    Posté par Au Fil d'Isa, 01 avril 2014 à 17:35
  • @Ness : avec plaisir. Je ne vais pas raconter ma vie en long et en large dans les commentaires. Mais fais-moi signe, vraiment n'hésite pas, d'accord ? Quant à la prévoyance de l'imprévisible... mmmh je connais un peu

    Posté par mmarie, 01 avril 2014 à 17:36
  • Bon courage, j'admire ta lucidité et ton calme - du moins, à l'écrit.
    Je te lis depuis quelque temps mais sans commenter, alors plutôt que de dire n'importe quoi, je te/vous souhaite des éclaircies les plus longues possible.

    Posté par Alice, 05 avril 2014 à 00:24
  • Merci beaucoup. Je suis heureuse de te lire

    Posté par Ness, 07 avril 2014 à 10:02
  • J'ai été très émue par ton témoignage. Je te souhaite le meilleur et le plus vite possible !
    Je trouve ton article très courageux, fin et pertinent. En ce qui me concerne, je rencontre des difficultés actuellement, et j'ai le plus grand mal à écrire quoi que ce soit (sur le sujet qui m'occupe ou sur autre chose d'ailleurs)...

    Posté par Fileuse, 08 avril 2014 à 12:25
  • Je te lis que depuis peu et j'ai eu l'occasion de rencontrer qu'une fois. Mais ton post m'a touchée. Vouloir prévoir l'imprévisible, voir ce qu'on avait imaginé pour son futur se flouter, c'est ce qui m'arrive. Je te remercie donc pour ton analyse qui m'aide au travers de quelqu'un d'autre à mettre des mots sur mon ressentis actuel.

    Posté par Diba, 09 avril 2014 à 19:17

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