Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

30 août 2013

La carte postale

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Avant les vacances, j'étais dans un état de délabrement de plus en plus avancé. J'avais des poussées d'agressivité sociale. J'ai notamment dit à ma soeur, qui était stressée par son déménagement et qui avait d'ores et déjà décidé de jouer la Drama Queen de la situation peu importe le nombre de paroles rassurantes prononcées... que le comble de l'histoire serait qu'ELLE soit le problème de son déménagement alors que le déménagement en lui-même n'en pose pas, de problème. Je vous le conseille, le résultat est radical : elle ne m'en a plus reparlé et a fixé la date durant mes vacances.
Les vannes s'ouvraient pour un rien, comme quand j'ai pleuré parce que je suis rentrée en retard d'une manucure ratée sans pouvoir prévenir Spéculoos car la batterie de mon téléphone avait lâché. Ou quand, sur le chemin vers l'aéroport, j'ai versé de grosses larmes parce que je pensais qu'on avait trop de bagages pour le retour à quatre dans une toute petite voiture et que nos hôtes nous en voudraient à mort. Voilà voilà. 

Il arrive qu'a posteriori, parfois, je me fasse peur. Et vous, ça va? 

Puis on a décollé pour Toulouse, avec au programme un séjour en famille spéculoosienne de 4 jours dans le Sud Ouest puis un voyage en train qui nous amènerait dans un coin de paradis construit par les parents d'un ami dans la Drôme. 

Durant ces quatre premiers jours, le bon côté des choses est qu'on a mangé tellement de (bon) canard sous toutes ses formes et bu tellement de champagne que je peux m'en passer pour les 6 prochains mois, ce qui n'est pas mal quand on sait ce que ça coûte. Et que la famille de Spéculoos est drôle (peut-être est-ce l'effet psychotrope du canard associé au champagne à trop forte dose?) et bavarde (et s'il y a un truc qu'un couple d'historiens sait faire, c'est faire parler les vieux). Le mauvais côté des choses, c'est que le frère de Spéculoos, qui avait "tellement changé" (comprendre : était devenu un être sociable dont la seule vocation n'était plus de nous détester) à en juger par ses séjours fréquents à Bruxelles persiste à nous regarder comme des cloportes et à être excédé par n'importe quel son qui sort de notre bouche (comprendre : souffler par les narines, serrer les poings, lever les yeux au ciel et s'énerver très fort en nous regardant méchamment depuis l'autre bout de la table) dès que nous passons la frontière et le côtoyons en famille. Bref, je suis assez ravie de l'avoir gardé en période probatoire, celui-là. A nous les trajets de voiture de 2h30 en tête à tête avec lui et son épouse sans décocher un seul mot. C'est sans compter que même dans les périodes de dégel, le couple se trouve une consistance sociale en se montrant particulièrement blasé par la vie. Bon côté du mauvais côté: j'ai pu vite réaliser - non sans un certain étonnement et beaucoup de plaisir - que même sans le moral avec mon peu d'envie et ma quasi incapacité à positiver, j'ai plus de joie de vivre et d'enthousiasme pour ce qui m'entoure que ces deux tristes sires à l'état naturel. En fait, je ne le savais pas mais j'allais bien. 

Sinon, on a été voir un match de rugby où j'ai cru voir Frédéric Michalak à la buvette mais pour tout vous dire, le matin même j'ai cru voir une tête de porc dans le frigo de Tata Jeanine et le soir, il s'est avéré que c'était du poulet. Depuis, j'ai comme un doute. 

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Ensuite, nous avons rejoint des amis, non sans une pointe de soulagement, dans une superbe demeure avec wifi, un chien, aucun bruit et une vue dégagée sur les montagnes où j'ai pu tester en direct ce que l'un des protagonistes de mon livre affirmait : "Quand nos yeux fixent l'horizon sans bouger pendant une longue période, ton cerveau secrète des endorphines. C'est comme le bien-être qu'on ressent quand on court. De nos jours, on passe nos vies à scruter des écrans situés à trente centimètres devant nous" (Bernadette a disparu, je vous le conseille!) et porter ma robe H&M zébrée et entièrement zippée dans un environnement approprié, à savoir au bord d'une piscine avec un maillot dessous juste avant de plonger. Se désaper en 2 secondes et demi et avec classe, il n'y a que ça de vrai (la fermeture éclair, quelle invention merveilleuse). On a vécu dehors, fait bombance tous les jours uniquement avec des produits locaux ce qui, point positif à ne pas négliger, me fait retrouver une nourriture saine et légère pour une petit régime express avec plaisir et sans frustration (si ce n'est que Spéculoos, en rangeant la valise, a enfin retrouvé les bonbons qu'il avait caché - puis perdu - à Noël pour les protéger de ma voracité et que les dits-bonbons ne sont pas périmés. J'avais presque fini par les oublier et maintenant ils m'obsèdent). 

Le coussin sur lequel j'avais patiemment cousu une licorne en épuisant tout mon répertoire de jurons a tellement plus qu'il a suscité une demande en mariage. Il allait très bien avec les peluches licornes que nous avions gagnées la veille à la foire du village d'à côté. Ce qui m'a permis de faire une observation intéressante: il s'avère que, dans un film d'animation ou dans la vraie vie, une fille qui gagne une licorne à une foire réagit exactement pareil, peu importe l'âge:  

Sur le chemin du retour, on a mangé des sandwichs mous et triangulaires et on a perdu le pot d'échappement de la voiture, ce qui donnait à nos voix un joli vibrato et nous faisait profiter d'un bruit de moteur digne d'une Maserati. Tunning is life.

A l'appartement, le basilic avait fleuri et le lapin nous attendait sagement en ayant mis ces 10 jours à profit pour s'appliquer à refaire caca dur. Que demande de plus?

Quelques jours après la rentrée, j'étais déjà indisposée par le bruit de la ville et je trouvais fort désagréable que mon regard butte sur le mur de mon salon sans pouvoir se perdre au delà, au point de sérieusement reconsidérer l'idée de vivre à la campagne. Le vague picotement que je ressentais à la base de mes cheveux s'est avéré être un coup de soleil. J'ai commencé à peler du cuir chevelu et tous les boutons de piqûres d'insectes divers ont éclos, ce qui est du plus bel effet en société. 

Quoiqu'il en soit, je suis revenue reposée et apaisée. Maintenant, je m'attelle à écrire ma thèse dans un mélange de sentiments partagés. Enfin, je commencerai à écrire dès que j'aurai fini de me mettre en condition. C'est relativement complexe, de se mettre en condition, dans mon monde. Je vous en reparle...  

 

 

Posté par Ness - Thor à 12:46 - Voyage voyage - Commentaires [0] - Permalien [#]
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