Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

22 mars 2013

Deux buts

 

fear is a liar

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Mardi, j'avais rendez-vous avec ma médecin pour le rappel du vaccin fait le mois passé. Elle m'a dit que j'avais changé. J'avais l'air d'aller bien: détendue, désangoissée, ouverte. 

Ma médecin, je l'ai rencontrée pour une urgence. J'étais allongée dans mon lit avec un cancer de l'utérus. Du moins, c'est ce que je pensais. J'avais à l'époque une hypocondrie très forte et extrêmement localisée qui m'avait empêché de consulter la gynéco depuis un petit moment. Forcément, j'allais le payer. Pour finir c'était une pierre aux reins. Et elle est partie toute seule. 

C'était également juste avant que je commence ma thèse. Elle m'a donc vue paralysée au sens propre comme au sens figuré, les muscles tendus par la peur et les pleurs, rentrée tout en dedans et parlant avec un filet de voix presque inaudible. Cette recherche, c'était ce que je voulais et en même temps, j'ai perdu tous mes moyens dès que je l'ai eue. Elle m'en a prescrit, des séances de kiné pour dénouer tout ça. 

Un jour, j'ai eu une illumination. Je ne voulais pas gâcher 6 ans de ma vie. Pendant que le temps de la thèse s'écoule, mon temps personnel s'écoule aussi. Et c'est court une vie. Il y en aura bien suffisamment, des coups durs, pour que je lui accorde aussi facilement, sans résister, un forfait de 72 mois de tristesse et d'angoisse. Depuis ce moment, j'ai eu deux buts: réussir ma thèse et remplir ces années avec du plaisir. 

Bien sûr, je ressentais déjà un changement, mais son constat m'a fait plaisir.Ça sonnait comme une confirmation. Ça veut dire que j'ai réussi, et qu'en plus, c'est visible. Qu'il n'y a plus uniquement du stress, mais aussi de la vie à côté du stress. Que j'ai arrêté de me débattre et que j'ai commencé à vivre. 

C'est une réussite imparfaite avec ses failles mais ça veut dire que le stress que je ressens aujourd'hui n'est plus le même que celui que je ressentais alors. Il est extérieur, il a un ancrage dans la réalité, il est délimité. Il n'est plus moi. 

Je ne sais pas si je vais réussir ma thèse (aucun-e thésard-e n'est jamais catégorique sur ce point et ce jusqu'à la fin, non?), mais ça au moins, je l'aurai réussi et pour moi, c'est d'égale importance. C'est d'autant plus utile que, contrairement à ma thèse, ça ne prendra pas la poussière dans un coin de bibliothèque. 

Posté par Ness - Thor à 13:01 - Sans collègues, sans pantalon - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

  • C'est sûr que le principal c'est d'être bien. Avec soi, avec les autres, avec le monde. La thèse est un plus, un bonus, qui sera, je l'espère fort, un succès.
    (d'ailleurs je n'ai jamais pris le temps de te demander ton sujet de thèse?)

    Posté par Elanorlabelle, 22 mars 2013 à 21:00

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