Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

25 janvier 2013

Mon côté (politiquement incorrectement) vert.

vert

Je n’ai pas naturellement la fibre verte, ni envers mon corps ni envers la planète. (En écrivant ceci, je me rends compte que je n’ai pas non plus la fibre à tenir un blog politiquement correct apparemment).

En ce qui concerne la planète, je n’ai pas le sens de l’espèce ni la projection de mes combats dans les générations futures. Même ma récente envie d’avoir des enfants ne provient pas de l’éveil de ce type de sensibilité. J’aime la nature mais pas au point de me sentir meurtrie quand je la vois souffrir (et pourtant dieu sait qu’un reportage animalier qui tourne mal peut me faire chouiner). La perspective qu’un jour la planète n’existe plus ou devienne un endroit invivable ne me galvanise pas. Et ce n’est pas par inconscience de la chose.
Par contre, je pleure littéralement devant mon téléviseur et j’éructe à chaque licenciement massif. Idem devant toute autre manifestation d’un système basé sur la reproduction des inégalités et l’exploitation des hommes et des femmes par leurs semblables. Les réfugiés climatiques sont selon moi aussi les victimes des conséquences d’un système économique. J’agis au quotidien contre l’homophobie, le sexisme, le racisme. Publiquement, je manifeste (pas suffisamment) et je milite pour tous ces sujets à mon niveau. D’un point de vue privé, cette conscience sociale structure mon quotidien.
Bref, dans l’ordre de mes préoccupations, mes contemporains sont l’arbre qui masque la forêt de l’écologie. J’ai un défaut de projection. Je préfère être claire pour ne heurter personne, je ne classe pas du tout ces combats par ordre d’importance*. Je considère par contre que chaque personne a une quantité d’énergie limitée et qu’il la place (ou non) dans le combat qui le touche le plus. Ce n’est d’ailleurs pas une mauvaise chose qu’on avance, toutes ces énergies mises ensemble, sur plusieurs fronts en même temps.

En ce qui concerne mon corps, je sais que manger bio pourrait affranchir mon organisme d’un certain nombre de substances nocives. Mais je sais aussi que mon emprise sur les substances nocives à l’échelle de ma vie est relative. Je sais que fumer est mauvais pour la santé. Mais j’aime fumer une cigarette entre amis autour d’un verre. Et la personne qui me rappelle à chaque fois que ce steak non certifié dans mon assiette est le mal et, quand j’allume une cigarette, que ça provoque le cancer du poumon et que c’est trop dommage de ne pas s’abstenir complètement de fumer quand on ne fume qu’un week-end sur deux, je risque de la trouver intellectuellement limité(e) à force, même si la médecine est de son côté. Et ce parce qu’elle ne me parle pas (que) de cancer, elle me parle (aussi) de mon rapport personnel à la vie et à la mort. Si elle n’a pas compris ça, c’est qu’elle doit encore mûrir un peu en tant qu’apprenti(e)-médecin (diplômé ou auto-procalmé).
En effet, mon temps sur terre est limité et dans la pleine conscience de ma finitude et de ce qui peut l’accélérer, mon ambition n’est pas de faire un sans faute. Mon ambition est de déterminer un équilibre entre plaisirs (de fumer de temps en temps) et contraintes (de fliquer toute mon alimentation) dont le but est, effectivement, en bout de course, de ne pas mourir trop tôt ni dans d’atroces souffrances. Et quelqu’un qui me court après en brandissant des vérités scientifiques ne vaut pas mieux pour moi qu’un fanatique religieux drapé de science dure qui aurait perdu toute relativité. Quelqu’un qui aurait oublié que l’idée de finitude n’appartient pas à la médecine, mais à l’humain et n’est jamais désincarnée. Un fait scientifique ne remplace jamais la vie, même lorsqu’il attire l’attention sur ce qui pourrait l’écourter. Voilà en quelque sorte ma philosophie.

Je fume un peu, je bois un peu, je mange un peu bio et je fais un peu de sport. Et en dehors de ça, mon fil conducteur est bel et bien d’avoir une vie saine.

J’ai bien conscience que sous certains aspects je viens de me tailler le costume de l’hérétique. En réalité, je réclame surtout le droit de pouvoir dire mon imperfection dans le premier paragraphe et de pousser une gueulante dans le deuxième. En effet, manquer de fibre verte ne veut pas dire que je ne fais rien. Dans les faits, je le confesse : je commets au quotidien une foultitude d’actes dont la seule visée est de préserver mon corps de vilaines substances ou encore de diminuer mon empreinte carbone. Parfois même, les deux en même temps. (Voilà.) (Pardon :) ). Par contre, je ne suis pas à l’avant-garde, ni de celles et ceux qui impulsent. Je suis de celles et ceux qui ne consentent qu’un degré somme toute limité de changement des habitudes à la cause.

En réalité, même si je n’ai pas encore rencontré la parfaite symbiose du marxisme et de l’écologie (de la même façon que je n’ai pas encore rencontré la parfaite symbiose du marxisme et du féminisme), il arrive parfois qu'ils s’allient parfaitement bien. Voir un agriculteur travailler à perte et devoir se séparer de ses bêtes ou de ses terres, ça, ça me fait chialer. La perspective de lui donner directement mon argent à lui plutôt qu’à un supermarché m’enchante.

Je profite donc de ce post pour t’annoncer que... vendredi prochain, j’accueillerai dans ma cuisine mon premier panier bio ! Bien sûr, je t'en reparle bientôt.

(tout ça pour ça, oui).

 

* je ne supporte d’ailleurs pas quand d’autres font ça au sein des luttes féministes. J’assimile ça à de l’immobilisme. Comment ça, on ne peut s’attaquer à rien de symbolique et d’occidental parce que des jeunes filles se font exciser en Afrique et ça c’est vraiment plus grave ?

Posté par Ness - Thor à 13:48 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [7] - Permalien [#]
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Commentaires

    Et bien je suis comme toi. Je fais attention à certaines choses mais pas à tout.
    Deux exemples personnels: - je viens d'apprendre que ma crème de jour préférée de la marque Nuxe a recommencé les tests sur animaux en Chine. Et bien ça me laisse assez indifférente. La crème me convient et puis c'est tout.
    - j'essaie d'acheter des semences de plantes qui ne sont pas modifiées génétiquement (pas les F1 donc) mais ce n'est pas encore systématique...

    Posté par Miss Sunalee, 25 janvier 2013 à 14:14
  • Vivons heureux en attendant la mort...

    C'est un recueil de bons de Pierre Desproges. Vivre implique de faire des choix et de se nourrir de la destruction d'autres formes de vie ou de l'assimilation de materiaux inertes. Faire au mieux c'est tout ce qu'on te demande, jouer les grandes saintes drapées dans leur vertu c'est passer à côté de l'expérience de la vie, c'est très malsain, c'est malheureusement notre héritage d'abords judéo-chretien, puis humaniste, mais bon si y'a pas un peu de rock'n'roll ben je sors ma pelle, je creuse un trou et basta. Puis bon moi j'aime bien les paniers bio, ça à souvent plus de gout, parfois ya des bestioles qui font peur à Sunalee, parfois faut se creuser la tête pour savoir ce qu'on va bien pouvoir inventer avec cet énième choux, parfois c'est tiens c'est quoi ce machin bizarre... Mais au-delà de ça c'est que oui il y a la finitude mais aussi que tout un chacun fait avec ses connaissances, ses ressources, son affect et que vouloir standardiser tout c'est nier la diversité du vivant bref y'a un côté morbide, fonctionnele, déterministe

    Posté par diane cairn, 25 janvier 2013 à 15:32
  • J'avais pas pensé aux bestioles, tiens...

    Posté par Ness, 25 janvier 2013 à 16:12
  • Je suis parfaitement d'accord avec ton article et les commentaires ci-dessus. Parce que si tu pousses jusqu'au bout la logique de certains propos, ben, autant se supprimer tout de suite, hein, c'est le moyen le plus radical de protéger la planète de nos méfaits. Bref, faisons ce que nous pouvons sans oublier de profiter un peu (ou beaucoup) de la vie. Vivons en conscience sans nous auto-flageller non plus.

    Merci pour ce beau billet d'humeur et bravo pour le panier bio. Je vais finir par suggérer l'idée à ma maraîchère, ça m'évitera de me creuser la tête tous les jeudis matins pour savoir ce que je vais bien pouvoir lui acheter cette semaine. Parce que j'ai un peu beaucoup l'impression de tourner en rond, là... Vivement le printemps ! ^^

    Bisous

    Posté par Au Fil d'Isa, 25 janvier 2013 à 17:28
  • Hérétiiiiiiiiique !!!! (je plaisante hein^^)

    Hé ben, pour une fois, on n'est pas d'accord, ouéééééé ! Je me demandais quand ça arriverait, ce jour est enfin arrivé !
    Contrairement à toi je m'insurges grandement lorsqu'on teste des produits sur les animaux (notamment cosmétiques,mais il y en a tellement d'autres ...) ou pour tout dégât écologique provoqué par l'Homme ; et j'en ai strictement rien à faire lorsque des hommes et des femmes sont virés de leur emploi ou autre sujet qui permet à la politique de vivre. Je considère que la bêtise humaine ne devrait avoir de conséquences que sur nous (humains) et non le monde entier (planète). Et je ne dis pas ça en tant qu'insensible qui ne sait pas de quoi elle parle, je connais le licenciement abusif (ça nous a mis dans la merde deux ans durant, faut dire ce qui est), je connais les effets des substances nocives sur le corps (cancer de ma mère qui nous a inquiété de longues années et qui nous inquiète encore). L'homophobie, le sexisme, le racisme, tout cela m'exaspère au plus haut point, les guerres n'en parlons pas, mais c'est ce qui fait notre société depuis des siècles. Croire que cela changera parce qu'on intervient dans une guerre ou qu'on acceptera enfin le mariage homo en France (par exemple), n'est pas une avancée de la société -quand on sait qu'il y a deux siècles elle était reconnue et "pratique" courante en Grèce antique, puis condamnable à mort quelques temps plus tard-. Notre histoire se répète tant et tellement qu'il ne faudrait pas croire que notre "modernité" (est-ce vraiment moderne ?) nous autorise tout pour de bon. Dans 40 ans, il y aura sans doute un nouveau changement. Ceux qui s'étaient battus pour leurs idéaux ne seront plus. Les ravages causés par l'Homme le seront toujours à l'inverse.
    Maintenant je suis d'accord avec ça : "Vivre implique de faire des choix et de se nourrir de la destruction d'autres formes de vie ou de l'assimilation de matériaux inertes" car comme le dit Isa, ce serait arrêter de vivre sinon ; mais pas au dépend de tout ! Car bien souvent maintenant, ce n'est pas pour vivre ou survivre que nous faisons ces choix, mais bien par envie et désir, du moins dans notre société "moderne" occidentale.
    Bref, je fais peut-être du hors sujet (et un roman), et je passe sans doute pour une asociale terriblement sans-coeur, fataliste et pessimiste, donneuse de leçons etc, mais, "on récolte ce que l'on sème" => les petites récoltent ce que les grands sèment tous domaines confondus, moi comprise. Il est vrai qu'à petite échelle, nos gestes n'ont pas de grande importance et nous affectent plus ou moins. Et que parfois, on s'en fout des conséquences, même le plus écolo des écolos. Tout dépend de si l'on arrive à vivre avec ou non ^^. Tout cela n'est qu'un rapport à la vie, à autrui et au monde, traité différemment par chacun ...

    En tout cas,tu m'as inspiré

    Posté par Letipanda, 26 janvier 2013 à 11:50
  • Si tu es a Bxl centre, a la gare centrale tous les vendredis il y a une camionette avec des paniers bios. Je suppose qu'elle se trouve effectivement a d'autres endroits les autres jours. J'en ai pris une fois un t j'ai été satisfaite.

    Posté par Letilor, 27 janvier 2013 à 12:49
  • @ Letilor: Bienvenue par ici. Je pense voir de quelle camionette tu parles. Je la croise sur certains de mes trajets mais étant donné que je change de lieu de travail tous les mois environ, c'est un peu par hasard...

    @ Letipanda

    Effectivement, nous n’avons pas la même sensibilité par rapport à tout cela et quelque part, tant mieux pour la diversité des choses qui bougent Je voulais juste dire un mot à propos de l’idée de progrès.

    Je suis largement imprégnée de "relativité" historique de par mon job, même si je ne remonte pas souvent à l’Antiquité Et sur la question de la modernité, je te rejoins en grande partie. Une partie de mon job consiste 1) à désapprendre à des étudiants encore un peu vert derrière les oreilles que l’histoire n’est pas une courses linéaire vers le progrès et la modernité qu’on pourrait observer depuis aujourd’hui en y trouvant une logique (combien de réponses d’examen je n’ai pas corrigées qui allaient en ce sens) mais que l’histoire est constituée d’un certain nombre d’évènements qui se succèdent avec des causes et des conséquences propres à une époque dont on ne peut relire les moeurs à partir de ceux d’aujourd’hui. (j’ai l’impression qu’on a des notions très similaires à ce propos :p) 2) une autre partie de ce job consiste à faire de l’analyse de discours dans des débats de société. J’analyse donc quotidiennement l’utilisation farfelue de l’idée de modernité, progrès, science, médecine, nature et j’en passe par les tenants ou les opposants de tel ou tel changement de société. Donc j’ai une déformation professionnelle qui fait que je n’utilise pas ces concepts ou alors sans m’en rendre compte (je reste humaine malgré mes déformations :p)

    Par contre cette relativité ne me pousse pas à un détachement de l’humain pour m’attacher à la planète. J’ai juste une réaction épidermique aux inégalités, peu importe que ce combat doive avoir lieu à toutes les époques sous des formes différentes. En fait, quand je tente de communiquer autour de moi que l’histoire n’est pas une avancée logique vers le progrès, c’est surtout pour dire que l’histoire est un ensemble de forces en présence qui en influencent le cours. J’essaye de défaire la vision « fataliste » (qui se déroule sans nous vers un mieux ou un pire) de l’histoire pour une vision active. J’ai plutôt tendance à communiquer une histoire des luttes (et pas des guerres) et une histoire critique des structures du pouvoir (de quelque sorte que ce soit) et des mentalités d’une époque pour une mise en lumière les formes d’oppression et les refuser. C’est un peu comme rappeler sans cesse « tu penses que le suffrage universel puis le vote des femmes est arrivé parce que c’est normal, c’est le progrès, ça devait bien arriver un jour ? Non, c’est arrivé parce que des gens sont descendu dans la rue et l’ont réclamé ». Après, je n’ai aucune fois particulière en l’homme.

    (Je me rends compte en me relisant que j’ai l’air d’avoir subi un lavage de cerveau par l’un ou l’autre parti gauchiste mais je vous assure que ce n’est pas le cas. C’est un truc qui est présent depuis des lustres et qui a juste trouvé à s’exprimer aujourd’hui dans mon job de cette manière…)

    Bref, ton commentaire m'a aussi largement inspiré et fait écrire un roman

    Après, je considère que quand je mets de l’énergie dans les centres d’intérêts cités dans le post, j’avance aussi sur des questions d’écologies parce que je pense que c’est lié aussi au systéme économique et social. Par contre, quand je m’attache uniquement aux questions d’écologie, j’ai l’impression qu’un certain nombre de questions sociales passent à la trappe. Et en général je pense que nos gestes ont beaucoup d’importance et j’agis régulièrement dans le sens de l’écologie. Je voulais juste mettre en lumière que contrairement à d’autres sujets qui me touchent plus, je ne me renseigne pas plus que ça sur la question. Je fais partie de la population lambda qui bénéficiera dans ce domaine de l’info que les médias ou les campagnes de sensibilisation voudront bien mettre en avant…

    Posté par Ness, 28 janvier 2013 à 13:49

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