Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

09 janvier 2013

Comment les listes m'ont sauvée

Lors de ma dernière année d'étude, en 2007, j'ai quitté une situation familiale oppressante pour un logement étudiant auto-financé (avec ma mère en parachute de secours). J'ai toujours cru que je partirais du domicile familial avec des mots bien sentis et en claquant la porte. J'ai du attendre un peu trop longtemps et entamer mes réserves parce que lorsque je suis partie, j'étais en pleine dépression nerveuse. Je ne sais pas ce qui est arrivé en premier, de la dépression ou du départ, mais le résultat fut une grosse inondation qui a rejetté l'eau des égouts à la mer. 
 
Physiquement et mentalement, j'oscillais entre deux états: immobile, vide et ébêtée, insensibilisée au point de ne plus avoir de volonté, de plaisir et d'envie ou - dès que j'essayais de faire quelque chose - angoissée, apeurée, hésitante. Je tombais dans des abîmes de doutes et je finissais découragée, bloquée; blocage qui était précédé ou suivi d'une crise de larmes et de cris lors de laquelle je perdais pied.

Bref, j'étais face à un cul-de-sac à deux têtes qui offrait peu de perspectives de remise en route. 

Alors j'ai fait des listes. Des listes de choses à faire et des listes de choses que je me savais aimer faire du temps où j'étais encore en contact avec ma personalité. Tous les jours, je piochais dans ces listes "plaisirs" et "obligations" deux ou trois activités, que je notais sur un bout de papier. 

Ces listes m'ont permis de déjouer l'étape "volonté", "envie" et "choix" qui ne m'était momentanément plus accessible et me faisait systématiquement dérailler. Le pouvoir d'une liste, c'est justement qu'elle distance la volonté de l'action. C'est une instruction donnée par un "moi passé" à son "moi futur". Ce "moi passé" pourrait très bien être une autre personne et la règle tacite, de ne jamais se questionner sur ses instructions. C'est plutôt facile d'ailleurs, vu le degré de dépersonalisation qui accompagne la dépression. Je n'avais qu'à accomplir cette tâche sans me poser de questions, puisqu'elle était notée là, précédée de son fameux tiret sur son fameux post-it jaune. 

Bien sûr, le plaisir ou la satisfaction du devoir accompli n'est pas revenu comme par magie. Pendant un long moment encore, je ne ressentais rien. J'accomplissais les choses par automatisme, absente. Mais d'absente et immobile j'étais passée à absente et en mouvement. Faire les choses sans implication, c'est faire les choses sans pression. Et faire les choses sans pression, c'est faire les choses sans peur de les rater. Que demander de plus à ce moment là? 

Petit à petit, la démarche (dont je n'avais pas cette conscience accrue à l'époque) a porté ses fruits.

Ce ne sont pas les listes qui m'ont remises à elles seules sur pied, je dois énormément à mes proches (Spéculoos, quelques ami-es (peu) et ma mère qui n'a pas fait grand chose mais en a pris pour son grade en silence), à une psy et quelques médicaments, mais les listes ont grandement aidé à remettre la machine en route. Ne serait-ce que parce que la montagne des retards accumulés a cessé de grandir et quand il y eut une éclaircie, je n'ai pas eu l'impression que ma vie était irratrapable. Et parce que ce même jour d'éclaircie, on se rend compte que la réalité a donné tort aux angoisses, on est occupé de faire ces choses insurmontables 

Aujourd'hui, dans un tout autre contexte (je vais bien :-D), je me remets aux listes, en suivant l'initiative proposée par Armalite. Parce que je me suis rendue compte que faire le bilan de l'année 2012 m'a un peu stressé quand j'ai eu l'impression qu'elle m'avait filé entre les doigts. Parce que je mets parfois des mois, voire des années à réaliser des envies hyper accessibles, et pas forcément parce que je travaille trop mais parce que je me planque dans des activités chronophages et sans intérêt quand je culpabilise de ne pas travailler. Et surtout, parce que ça devrait m'aider à me repositionner

 

Alors, dans un état d'esprit beaucoup plus joyeux qu'il y a quelques années, voici ma liste de janvier: 

 

BLOG1

P.S: j'envisage de créer un bureau des réclamations pour les mauvais accords du participe passé avec le verbe avoir sur ce blog, ça vous intéresse? Parce que là, par exemple, je ne suis pas sûre pour le titre. Et il ne sert à rien de me ressortir la règle, c'est gentil mais je la connais. Je n'arrive pas à l'appliquer, c'est tout. Je suis un cas désespéré.

Posté par Ness - Thor à 08:31 - Les objectifs 2013 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Moi aussi, les listes ça m'aide, rien pour mettre à plat les choses. C'est drôle de voir "fleurir" les objectifs mensuels sur différents blog, parce que je m'y suis mise en septembre dernier, lorsque les heures paraissaient longues à mon job d'été, quand je savais qu'en Octobre je me retrouverais tout à coup libre de toute obligation. En Octobre j'ai presque validé toute ma liste, en Novembre un peu moins, en décembre se fut la cata. En espérant que celle de Janvier rattrape le tout
    Bonne chance pour la tienne!

    Posté par elanorlabelle, 08 janvier 2013 à 11:56
  • Non, il est bien ton accord ! (les listes ont sauvé qui ? Toi féminin donc -e)

    J'aime aussi faire des listes, ça m'aide à mettre à plat ce que je dois faire et m'encourage à le faire !
    Très belle liste en plus , tu écris sacrément bien.

    Posté par Kimie, 08 janvier 2013 à 23:19

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