Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

25 octobre 2012

Sensibilité et constance

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Credit photo: Grace Robertson 1956

Aujourd'hui, je reviens quelques minutes sur l'exercice d'avant-hier. Je l'ai trouvé intéressant pour des raisons qui se superposent et s'emboîtent presque aussi parfaitement que des poupées russes:

- En postant le détail de ces quelques jours, je me suis demandée si je ne voyais pas trop les choses en noir. Puis je l'ai relu plusieurs fois et j'y ai trouvé tant d'éléments positifs que négatifs. Cela m'a néanmoins rappelé le principe qui veut que les tuiles comptent plus sur notre bilan moral que les événements heureux, à degré d'insignifiance (hors cancer de la thyroïde, s'entend) pourtant égal. Et la possibilité de l'inverser, ce principe, ce que j'applique régulièrement sur mon blog en parlant des jolies choses.

- Vos réactions en commentaires ont fait écho à cela. J'ai écris cette revue de semaine en plein sentiment de tristesse et je la termine sur celui-ci, je vous ai tendu la perche malgré moi. Vous avez relevé (par empathie aussi je suppose, parce que j'ai de super lectrices :p) la tristesse, la fatigue (et parfois même la solitude plus que le nombre de personnes rencontrées au cours de ces quelques jours). Et poutrant, sans même me forcer à la positive attitude, ce ne sont pas les mots-bilans que je mettrais sur mon état actuel. 

- Ce hiatus entre la perception de mon état depuis l'extérieur et mon état intérieur existe aussi dans ma vraie vie auprès de Spéculoos surtout, qui est au premier rang. Cela crée même parfois quelques tensions, lorsqu'il tente de me secourir alors que je ne suis pas en danger. Son insistance m'oppresse et il m'en reste la sensation d'être à ses yeux un "problème à résoudre" et de son côté, le manque de résultat à ses tentatives de soins et de répondant de ma part lui donnent l'impression de se cogner contre un mur. 

 *** 

Sauf que résultat il ne peut y avoir, parce que la joie succède la tristesse à laquelle succède la joie. Une chose me fait plaisir, l'autre m'attriste et pourtant en fin de journée ou en fin de semaine, mon bilan n'est pas forcément négatif. Il s'agit là d'états passagers et il en faut plus pour que je me dise que vraiment "pour le moment, je ne vais pas bien". 

Je ne me considère pas pour autant lunatique, parce que ce mot évoque pour moi la façon de faire subir ces variations d'état à son entourage en changeant d'avis tout le temps (mais je ne suis pas Le Petit Robert, je peux me tromper). Et parce que je me sens juste normale. Une journée est faite de mille choses et il est inévitable que ces choses provoquent des sensations, des émotions, des avis divers et variés. Pour moi le degré de normalité se trouve là, dans ce mouvement. 
Souvent quand on parle de sensibilité, on fait une différence entre les gens sensibles et les autres, et les premiers seraient plus fragiles, un peu comme quelqu'un dont le système immunitaire plus faible se choperait tous les microbes. Et bien, et je pense que là se trouve l'écart entre ma façon de me sentir et ce que les autres voient de ma vie, malgré tout ce que je vous décris là, je me sens pas "trop" sensible, je me sens sensible et sensible est presque un autre mot pour dire "normal", "basique". J'allais dire "vivant" mais ce serait donner une valeur positive grandiloquente à la chose, alors que je ne la mets pas sur un piédestal. Etre affecté en bien ou en mal par ce qu'il se passe autour de nous, c'est juste inévitable, comme respirer. 
Cette impression d'être "normale" est renforcée par le fait que je ne vois vraiment pas au nom de quoi, de quelle instance supérieure ou but utilme je devrais tenter de discipliner cette variation d'état. 

Pourtant je suis loin du fatalisme et du "moi" tout puissant, du "prenez-moi comme je suis, j'ai le droit d'exister" égoïste et sans effort. J'ai à coeur de discipliner mes angoisses, je travaille sur mes peurs, j'essaye de déloger des blocages, de déjouer mon agressivité et mes tendances autoritaires parce que ça, c'est vraiment handicapant pour moi et cela à un impact sur les gens qui m'entourent. Mais le reste? ça ennuie qui, ça bloque quoi? 
Et surtout, même si je le voulais, quelle prise ai-je sur ces choses qui me viennent de l'extérieur? Le divorce de mes parents, une naissance, une grève des trains qui crée de gros soucis professionnels, une promotion: il y aura toujours quelque chose et ces choses ne sont pas de nature à être "résolues".  Un évènement arrive et est déprimant ou heureux, je ne suis pas intrinsèquement dépressive ou joyeux luron. Cette extériorité, c'est un autre axe important qui fait que je ne m'inquiète pas de cette sensibilité.

Bien sûr, ça n'a pas toujours été le cas, je n'ai pas toujours été si détendue par rapport à la sensibilité. Mais ça c'est une autre histoire. Et je ne dis pas qu'il ne m'arrive jamais d'être complètement submergée. J'apprends à me connaître pour ne plus en arriver là (souvent, c'est en lien avec la gestion de la fatigue, qui passe par son acceptation).

Parfois je pense que la clé du problème par rapport à Spéculoos du moins, serait qu'il accepte qu'il n'y a rien à réparer parce que rien n'est cassé. Qu'il y a juste à rire et à pleurer, et qu'il y aura toujours. Et qu'on peut le faire à deux, que sa présence est son seul outil.

Mais parfois, quand je relève une succession de hiatus, entre moi et moi, entre vous et moi et entre Spéculoos et moi, je me dis que peut-être je me trompe, que je devrais tendre vers plus de constance. Et accepter aussi que mon entourage n'arrive pas toujours à faire la différence entre mes angoisses et mes émotions et qu'il s'inquiète (dans le meilleur des cas) ou s'y épuise et s'énerve (dans le moins bon).

 

Posté par Ness - Thor à 10:01 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Ce texte me fait penser à tellement de personnes y compris à moi même que oui, il doit y avoir une "certaine normalité" dans ces états successifs. Je disais hier à un ami dit "hyper sensible" Ce n'est pas que nous ne sommes pas adapté à la société, c'est cette société construite en dépits du bon sens qui n'est pas adapté à l'être humain. Nous sommes toujours dans l'hyper adaptation et ça nous épuise... Et on ne peut pas toujours y réussir...

    Posté par luce, 25 octobre 2012 à 10:22
  • @ luce: Je suis complètement d'accord avec l'idée de l'hyper adaptation épuisante. Merci pour ton avis!

    Posté par Ness, 28 octobre 2012 à 17:12

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