Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

15 mars 2012

2 Days in Paris...

... ou le mariage du frère de Spéculoos.


mariageAmenez deux trotskystes, un monarchiste et une féministe à un mariage catholique pavé de clichés sexistes d'un (beau-)frère républicain, ça ne peut être que rock & roll. Si vous ajoutez à cela la tante anti-cléricale qui soupire bruyamment à chaque parole sainte et la mère du marié qui sous-titre le tout de méchancetés à l'encontre de son fils (oui, c'est un peu tendu), vous avez un cocktail détonnant. 

Isolée dans cette famille, hors de mon élément, nettoyée de tous les indices de la décadence, je donne habituellement le change et passe pour être la bru parfaite. Mais entourée des acolytes de mes habituels errements bruxellois, invités eux aussi au mariage, j'ai eu plus de mal à me tenir. 

Ils furent d'un soutien sans faille, dans l'épreuve comme dans l'activité bibitive. 

Pour être précise, j'ai sombré du côté obscur au moment des discours.
Trop de suspens. 

*petite voix intérieure* Si on passe le micro à la reine-mère, ce sera un scandale. Si on ne lui passe pas, également. Pourvu que le père ne prenne pas la parole. On s'arrête juste après les témoins et ça passera tout seul *fin de la petite voix intérieure*

Oups, trop tard. Beau-papa souhaite de beaux enfants à la mariée.
Je descends un verre de rouge. 

Ce n'était pas le premier. Il y avait eu celui suivant le couple de jeunes protestants pratiquants qui expliquait que le respect scrupuleux de l'abstinence avant le mariage ferait disparaître le sida de la surface de la terre. Et celui du discours du témoin qui souhaitait à la mariée un mari qui parfois fait la vaisselle, mais surtout lui offre des chaussures et des sacs de marque par milliers. (oui, point, il n'y a rien après cette phrase, apparemment ça devrait suffire à son épanouissement). 

C'est sans compter toutes les gorgées avalées à chaque fois qu'une conversation de politesse commençait par une considération pataude voire réellement heurtante à propos de la Belgique. Les sujets les plus anodins et aussi polémiques que la couleur des jonquilles qui commencent à poindre ci et là dans les parterres de fleurs ne pouvant apparemment pas se passer d'une explication nationale. 
Ambiance qui te rappelle, alors que tu viens pour faire la fête à quatre heures de route seulement de chez toi, une frontière indépassable et une fierté nationale et familiale (qui se téléscopent à merveille) qui n'ont toujours pas digéré qu'un fils ait pu choisir d'abandonner sa nationalité d'origine pour embrasser celle d'un pays tout petit et même pas glorieux. Spéculoos n'étant pas en reste dans le débat: à l'écouter il n'y a rien à sauver dans son ancienne patrie. Et puis, déjà, d'abord, histoire de donner le ton, il est monarchiste (pour des raisons très pertinentes mais aussi, un peu, - avoue, je sais que tu me lis - pour emmerder son père).**

Autant dire que généralement après quelques heures, j'en ai soupé des comparaisons France-Belgique. Dans ces cas-là, je me contente généralement d'embrasser Tata Monique (la soupirante) pour le ravitaillement de foie gras maison (aaah, le Sud Ouest, quelle région magnifique) et de m'éclipser avant que quelqu'un ne clôture le débat par la sacro-sainte phrase "non, mais de toute façon, partout c'est la crise". 

(c'est généralement à ce moment là que notre bien-aimé trotskyste enchaîne et sort de son chapeau sa poche un tract du parti. Alors que tu aurais parié que son costume n'avait même pas de poche. A chaque fois je me laisse surprendre. Ces gens sont plein de ressources)

Bref, j'ai fini passablement éméchée mais je pense que personne ne m'en a tenu rigueur. Ou alors tout le monde était très poli lors du repas de famille du dimanche midi.

Il faut dire que là, je vous ré-écrit l'histoire en mode rigolard et désabusé mais en réalité nous balisions depuis quelques mois déjà à l'idée de ce mariage. Tant et si bien que Spéculoos a suspecté un moment sa gastro fulgurante d'être psychosomatique. C'est dire. 

Mais on a bien rigolé.

Au final, ça aurait pu être pire. 

La France aurait pu perdre au rugby. huhu. hum. ***

(Je vais bien. On est jeudi et je suis juste encore un peu fatiguée. Y'a rien à faire, on a plus 20 ans.)

 

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**ça me fait réaliser que c'est sans doute ce rude régime familial éprouvant ma patience qui fait que je suis un peu à fleur de peau avec mes ami-e-s français-e-s à Bruxelles qui font de toute conversation légèrement contradictoire - du goût des crêpes à la crise économique - une occasion de rappeler qu'ils/elles sont français-e-s. Alors qu'ils/elles pourraient juste être pas d'accord, les différences nationales n'étant pas un élément explicatif du monde. Souvent, la même conversation pourrait se dérouler sans rappel de nationalité sans que le contenu n'en soit altéré d'aucune manière, les éléments d'explication du goût des crêpes ou de la crise n'en perdant pas en pertinence et en complétude, si tu vois ce que je veux dire. Petit mouvement d'humeur suite auquel j'admets volontiers que n'étant pas une "exilée", la part affective de ce type de positionnement m'échappe.

***ah, on me dit dans l'oreillette qu'elle a perdu. Bon, ben, j'ai rien dit. 

Posté par Ness - Thor à 09:58 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [0] - Permalien [#]
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