Les filles sages vont au paradis, les autres où elles veulent

25 février 2016

La porte

 

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Notre petite fille se fait attendre. Le terme prévu pour le 21 février est dépassé de quelques jours et le suspens est intense. Rien d’anormal à cela, les premiers bébés sont généralement plus long à venir et la médecine n’a jamais eu pouvoir de prédiction sur la nature. Notre bébé est bien en forme à l’intérieur de mon bidon et attend juste son moment.

Mais au-delà du suspens insoutenable malgré mes journées bien remplies (siestes et promenades, lectures et méditation, auxquelles j’ai récemment ajouté montées et descentes d’escaliers et lavage de carreaux en désespoir de cause), je sens en moi une inquiétude monter.

C’est qu’attendre un bébé qui ne vient pas, c’est une sensation que nous avons beaucoup éprouvée les dernières années. La solitude - pourtant bienvenue - des journées de repos pré-accouchement et les émotions font remonter cette analogie malgré la présence concrète de ce bébé dans mon ventre (j’ai pris près de 20 kilos et cette petite est plutôt du genre tonique dans ses coups de pieds) et – déjà - dans environnement domestique, transformé pour l’accueillir.

Mais je me suis rendue compte il y a moins d’une heure que je n’avais pas affaire à une analogie dont le sens apparait par hasard par la mise en présence d’émotions similaires. Cette inquiétude a toujours été là et devient plus aigue maintenant. En effet, j’ai eu une grossesse très zen et depuis peu, chaque matin de plus après le terme, je me réveille angoissée à attendre le premier coup pied qui va m’assurer de sa présence. Pendant tous ces mois d’infertilité, j’ai intégré, tel un réflexe pavlovien, le processus qui consiste à espérer très fort avoir un enfant, et que cet enfant rêvé me soit retiré au dernier moment tous les 28 jours. A l’époque, ma psy avait fait d’autres analogies : la perte brusque de son fils par ma grand-mère notamment, qui m’aurait imprégnée par psychogénéalogie. Dubitative, j’étais. Mais le truc semble bien ancré tout de même. C’est abasourdissant d’irrationalité mais au fond de moi, j’ai cette peur qu’on m’ait laissé espérer 9 mois et qu’on me retire le fruit de cet espoir à la dernière minute. Comme si rien de tout cela n’était réel. Si je laisse apparaître mes sensations dans leur plus simple appareil, il semble que j’ai beau être enceinte depuis 9 mois, c’est l’accouchement qui mettra fin à l’infertilité.

Alors, depuis que j’ai compris ça, je me répète comme un mantra : "c’est mon bébé, il est bien là et il va arriver". Plutôt que cette phrase, répétée trop de fois, de façon anodine et sur le ton de l’humour aux innombrables personnes qui téléphonent/textotent/mailent/facebookent pour savoir si elle est/va arriver : « non, elle ne veut pas sortir – triple smiley ».

Je ne sais pas si cela aura un impact transcendant. Je suis sensible aux significations cachées mais je n’ai jamais été très psychédélique dans mon rapport au monde. Je continue donc à manier la patience (dont je suis définitivement peu pourvue) et à pratiquer les escaliers. Mais changer d’état d’esprit ne peut pas faire de mal.

Si le passé de chaque mère en devenir parsème d’obstacles psychologiques son voyage à travers l’accouchement, comme semblent le penser plusieurs sages-femmes pourtant tout aussi au fait du processus physiologique et de son caractère imprévisible et irrégulier, voilà peut-être mon histoire et la petite porte que je dois franchir pour faire sortir mon bébé au grand jour et devenir maman pour du vrai. D’ailleurs, je suis déjà maman pour du vrai. L’intensité de l’amour que je ressens pour cette petite fille est très réelle.

Posté par Ness - Thor à 13:18 - Mon nombril, entre autres - Commentaires [3]

08 février 2016

Les instants non formulés

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Une femme crochète dans le tram pendant que trois autres sont absorbées par le mouvement régulier de ses mains. Un fonctionnaire jovial tout de gris et de noir vêtu annonce à ses collègues qu’il a avec lui un très beau parapluie, en déployant le minuscule parapluie coccinelle de sa fille au-dessus de sa tête. Un couple qui n’avait pu que remarquer la troupe enthousiaste a confirmé en le voyant sortir du tram : « C’est vrai qu’il a un beau parapluie ». Une femme dit au téléphone : « Je ne vois pas de quoi il se plaint, moi j’aurais adoré avoir le pied cassé à l’école ». Deux ados parlent de leur relation avec leur beau-parent. Ils dosent quotidiennement avec précision manque de respect et remise en question de l’autorité de cette pièce ajoutée. Entre frondes et oppositions se déroulent des récits de violences et mauvais traitements. Et ce n’est pas la personne qui éponge aujourd’hui leur colère qui en est forcément l’auteur-e. Je lis par-dessus l’épaule d’une voyageuse le titre d’un chapitre intitulé : « la grande efficacité énergétique du vélo ». Il pleut des cordes. 

 

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02 février 2016

La thèse, entre aliénation et perspectives - III

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Quelles perspectives ?

Concernant la pertinence d’une telle formation : la seule façon d'en retirer quelque chose, c'est de savoir pourquoi on commence (la réponse est arrivée pour moi en cours de route) et très vite faire les choix qui vont soigner le CV qui nous mène vers ces objectifs.

Parce qu'une fois à l'intérieur, tu ne trouveras (presque) que des personnes qui t'entretiendront dans l'évidence du doctorat et de la carrière académique, la fierté "d'en être" et quasi personne pour penser pragmatiquement en terme de nombre de places disponibles, d'avantages et inconvénients du doctorat et de sa possible valorisation en dehors de l'université. Il y a une véritable méconnaissance de la façon de trouver un job épanouissant hors de l’université d’autant plus grande que cette idée saugrenue est dévalorisée. Et même en te poussant vers la suite du parcours de chercheur/académique, il n’y a aucune implication concrète de l'université dans ton futur professionnel. Or, étape devenue obligatoire, tu devras te constituer une expérience à l'étranger, ce qui demande un gros investissement et des sacrifices (tout le monde n’a pas l’âme d’un expat). Il ne faut rien attendre, la suite t'appartient. Ainsi que les questions, si tu es du genre à souhaiter te reproduire ou investir dans l’immobilier : où et quand faire un enfant ? Quand acheter un appartement ?

Publier beaucoup et vite dans des revues cotées (alors que la qualité de la recherche, objet peu adapté au rythme de production en chaîne, en pâtit), poursuivre ta carrière à l’international (tandis que ton université embauche des chercheurs internationaux sur base de critères imposés par les classements des universités à l’international, peu importe s’ils auront les compétences suffisantes pour donner cours aux étudiants en français, voire même en anglais) fait monter la cote de ton université mère à l’international et ton cv dans un système qui ne valorise que cela. Si tu ne reprends pas les rênes, on ne te laisse pas faire autre chose. Comme préparer une sortie de secours (en choisissant de consacrer ton temps à un projet inscrit dans la société plutôt que dans les rankings internationaux, par exemple). Mais on ne te donne pas de perspectives professionnelles si tu te plies aux règles du jeu pour autant.  

Pour ma part, je trouve qu’il faudrait aussi sanctionner/valoriser les universités sur le nombre de doctorats qui rentrent dans la société « civile », leur apport à la société en quelque sorte. Le fait est qu’aujourd’hui, tes supérieurs (promoteurs, professeurs,…) en tout genres soignent leur réseau international et plus du tout, comme l’ancienne génération, leur réseau national. Ne compte plus sur eux pour te faire une place dans le monde du travail ici. Ils ne savent même plus comment ça marche.

Cependant, SI tu ne choisis pas la voie de l’international, un job à l'université est aussi une formidable opportunité (dans mon domaine en tout cas) de toucher à tout. En effet, l’université, c’est aussi un lieu où passe de l’argent (jamais assez, certes, mais tout de même) et où il y a un certain nombre de ressources non monétaires mobilisables. Très peu d'autres jobs m'auraient permis, au début de ma carrière, de faire une expo, de la recherche, de publier, de communiquer dans la presse, développer mes compétences pédagogiques, participer à des événements dans le monde associatif, culturel, académique et parfois même les organiser moi-même, en équipe, avec ce que ça demande de gestion pratique (demande, obtention et gestion de subsides, organisation logistique, etc.), de participer au travail d'édition, etc.

J’ai fait des choix en n’ayant pas la carrière académique en ligne de mire, mais aussi l’acquisition de compétences utiles ailleurs. J'ai expérimenté que tout cela est très valorisable et apprécié sur le marché du travail pour des jobs intéressants (si tu réussis l'exercice périlleux de faire voir aux employeurs novices en expérience doctorale la variété de tes compétences dans un CV qui ne dépasse néanmoins pas deux pages).

Pour ma part, je suis très reconnaissante d'avoir pu évoluer dans un centre de recherche qui donnait l'opportunité aux plus "jeunes" de participer et gérer des projets. Ces projets étaient parfois utiles tant pour un CV académique que hors académique. Et parfois pas. Pour moi, communiquer ses recherches dans la société est une des missions de l’université mais dans la course au ranking, ça n’a presque aucune valeur.

Mais il y a des limites à cette formidable opportunité, et elles sont considérables : ce sont les personnes avec qui tu travailleras et les structures existantes au moment où tu seras en doctorat qui délimiteront en grande partie ces possibilités de toucher à tout. Par exemple, un promoteur qui a complètement intégré la course au ranking international te laissera faire peu d'autres choses que de postuler à des colloques et publications internationales. C'est très bien pour accumuler des chances de continuer une carrière académique (quoique, le nombre de réelles opportunités reste le même) mais ça ne te permet pas d'accumuler des expériences valorisables ailleurs. Mais il y a aussi le cas de l'absence de centre de recherche dynamique pour faire tremplin, avec des moyens et un nom sous lequel monter des projets. Ou de l’absence de "supérieurs", disponibles, constructifs, pratiquant le donnant-donnant, investis dans leur rôle de promoteur ou tout simplement fiables. Sachant que tu ne peux pas toujours passer en toute légèreté d'une personne à l'autre en raison de clans et de concurrences internes.

Je ne peux que conseiller d'entrer à l'université le plus pragmatiquement et objectivement possible. Que ce soit dans le but de continuer une carrière de recherche (pour se préserver de l’amertume – bien compréhensible quand on découvre le pot aux roses sur le tard) ou pour travailler hors de l'université ensuite. Tout en sachant que tout dépend du doctorant qu’on veut être, mais aussi malheureusement des personnes qui accompagnent dans cette expérience, qui peuvent être des freins ou des tremplins. 

(Vous avez vu, j'ai réussi à cloturer avant d'accoucher)

(je vous conseille le commentaire de Zéphine sous le post du 7 janvier, qui éclaire tout cela d'une autre façon et qui recoupe largement les raisons pour lesquelles j'ai décidé de ne pas poursuivre à l'université)

Posté par Ness - Thor à 17:28 - Commentaires [0]

09 janvier 2016

La thèse, entre aliénation et perspectives - II

 

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La charge de travail, et au-delà : la charge émotionnelle et rapport vie privée/vie professionnelle

Pour ce qui est de la quantité de travail : le travail consacré au doctorat en tant que tel (c'est-à-dire la recherche et l'écriture) n'est pas insurmontable. Mais on ne s'en rend compte que vers la fin, quand le sujet est bien circonscrit. Avant cela, l'impression de marasme est tenace et peut passer à "très intense" à intervalles réguliers. Il faut un bon programme d'attaque (une succession de micro-objectifs) et une grande force mentale car tu es le/la seul-e à pouvoir te remobiliser en cas de désespoir.

Ce désespoir peut venir de doutes scientifiques, personnels ou de déceptions vis-à-vis de l'université ou des personnes censées t'encadrer mais cependant absentes - qu'elles soient surchargées de travail ou dilettantes. Oui, il y aura une série de personnes le long de ton parcours que tu voudras encastrer dans un mur, réaction dont la violence est à hauteur de la violence de leur indifférence à ton égard. C'est dur (même pour les moins sensibles d'entre nous) et solitaire.

D'autant plus du fait du manque d'équipement. Pas de bureau, à peine un bureau collectif, pas d'imprimante, d'accès internet fiable etc. à l'université. Pas d'accueil non plus, type "entrée en service", même quand tu deviens salarié et donc employé-e par l’université : des tas de questions pratiques restent en suspens, ce qui peut aussi générer des pertes de temps, en plus des doutes la première année. Tu es encouragé à entamer des projets collectifs mais tu ne croises jamais tes collègues dans le couloir, tu ne rencontres personne spontanément, l'info ne circule pas et quand le projet se met en place, tu en viens à travailler par Skype depuis ton salon avec ton/ta collègue bruxellois-e. Il faut de la discipline personnelle pour se créer sa propre structure. Trouver une façon d'établir un lien régulier avec l'université et un encadrant/quelques collègues (sous forme d'un projet, d'un cours) pour se sentir suffisamment intégré et donc investi dans les moments de flou. La discipline va flancher et les doutes prendre le pas et c’est là que fuit le temps et que grandit l’impression tenace que tu ne vas jamais y arriver.

Il y a aussi toute la partie consacrée à la valorisation de tes recherches (colloques, articles, collaborations, projets), que j’ai appelé dans mon organisation « troisième mi-temps ». Au final ce doctorat qui n'est pas insurmontable se fait dans une certaine urgence.

Il y a des périodes de travail intense et des périodes de grande liberté d'horaire (note : pas de travail « en labo » dans mon domaine. Tu peux travailler en pyjama chez toi). Dans les deux cas, l'équilibre et la limite entre temps personnel et temps de travail sont toujours difficile à faire respecter (une recherche à lire avant de prendre une décision). Il est parfois compliqué de tailler sa route entre tout ça. D’autant plus, en tant que femmes. On reçoit une sorte de lavage de cerveau selon lequel il ne faut absolument pas faire d'enfant durant la thèse sous peine de catastrophe (ici, et , des exemples de témoignages de sexisme dans l'université, spécifiquement par rapport à la maternité). Suivant l'idée qu'il faut que tu donnes ton corps et ton âme à la science sans interférence de ta vie personnelle : tu es un esprit pur (image valorisante à double tranchant pour les hommes et pour les femmes, car un esprit pur est malgré lui aussi au-dessus des droits de base du travailleur)(avoir un bureau est un droit de base)(les droits d’auteurs aussi). Mais d'un autre côté, rares sont les autres jobs qui te permettent tant de flexibilité horaire et d'adaptation et donc de place pour une vie personnelle, si tu t’imposes un peu. A noter que dans mon cas, je n’ai été capable de m’imposer que lorsque j’ai maîtrisé « psychologiquement » mon sujet. Avant cette étape, lavage de cerveau + sensation de ne pas m’en sortir me donnaient vraiment l’impression qu’il n’y avait pas de place pour autre chose dans ma vie.

Malgré tout, tout n'est pas noir. Il est possible, à intervalles tout aussi réguliers, de retrouver le plaisir de la recherche et de sa matière, de réaliser des choses utiles et percutantes, raisons pour lesquelles on est là, à la base (en tout cas moi, considérant mon sujet comme politique et ayant un message à faire passer). Le côté solitaire veut également dire qu'on dispose de plages de travail à l'abri des choses désagréables (alors qu'un employé normal est sans cesse sur son lieu de travail, confronté tant à ce qu'il apprécie qu'à ce qu'il trouve insupportable dans son entreprise et chez ses collègues).

Sous certains aspects, c'est un boulot (très) précaire et (très) abusif. Sous d'autres, c'est beaucoup de libertés que tu ne trouveras pas ailleurs.

Posté par Ness - Thor à 09:25 - Commentaires [4]

08 janvier 2016

La semaine en vrac

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Dernier week-end des vacances. Spéculoos étrenne sa cocote Le Creuset reçue à Noel avec une (incroyablement bonne) blanquette de veau. Je termine doucement ces vacances en demi-teintes, où la liste de choses à faire a excédé de loin la quantité d’énergie disponible et a provoqué pas mal d’inquiétudes et de pleurs (adaptation, donc pour 2016, je disais). On continue de faire le tri dans la future chambre du bébé mais on ne termine pas (au moins, toute la littérature disponible sur le règne de Léopold III et la Question royale – dont elle n’aura vraisemblablement aucune utilité, ni immédiate, ni future - a trouvé une place ailleurs). Le retour de la pluie dimanche soir me déprime un peu pour la rentrée. Je prends un bain et Spéculoos a la bonne idée de passer par la salle de bain  au moment où je me rends compte que je ne peux désormais plus sortir seule de la baignoire de façon sécure. Avant de m’extirper de là, il prendra bien 5 minutes pour appliquer vigoureusement sur mes jambes cet agréable scrub amandes de chez l’Occitane reçu à Noël.

Lundi : la rentrée et Oh mon dieu, c'est le début de la fin ! Le moment où porter des vrais vêtements et rester assise en position bureau toute la journée suffit à t'épuiser pour te mettre au lit à 20h30. La reprise est dure et le week-end est loin. Discuter avec une amie de son père devenu dépendant et des difficultés liées à la gestion de son alcoolisme. Succession de rendez-vous médicaux et dernière échographie : Oh mon dieu qu'elle est grande ! Elle est immense. Elle est partout. Je suis assiégée. En vrai, elle est complètement dans la norme mais dans notre esprit, elle était restée toute petite. Sinon, tout va bien et je remercie mentalement mon corps de faire si bien le job qu'on lui a confié (rien n'est acquis, on est bien placé pour le savoir).

Mardi : affronter le tour des crèches pour confirmer notre volonté de nous y inscrire si, hypothétiquement, une place se libèrerait. Affronter l'idée de reprendre le dossier "vente de la maison de ma grand-mère" avec l'aide de Spéculoos et pleurer un peu. Affronter le sapin à défaire et à descendre sur le trottoir en parsemant la cage d'escalier d'épines. Bizarrement, moins je peux en faire, plus ça m'inquiète et me fatigue. On commente l’émission The Voice entre amis via la messagerie de facebook. Spéculoos en profite pour y glisser une photo de sa superbe… blanquette. Et promet une photo de carbonnades pour la prochaine édition.  On rigole bien.

Mercredi : lire, lire, lire au boulot. Faire les soldes en ligne et acheter de minuscules pyjamas pour compléter le lot de ceux que nous avons reçus. Aller se coucher d'humeur assassine sans raison sinon celle de ne plus pouvoir absorber de stimuli extérieurs (n'ayant que Spéculoos à assassiner à portée de main, il valait mieux pour lui).

Jeudi : savoir que l'association dans laquelle je travaille va réagir directement en radio et en presse écrite à l'actualité nauséabonde que je viens de lire m'aide à éloigner la nausée. ça et la vidéo de koala placée juste à côté de l'article nauséabond en question. Moi qui regrette habituellement le mélange des genres dans lequel se vautre actuellement la presse quotidienne pour engranger des clics, divertir et survivre… Là, j’applaudis des deux mains et notre slogan au travail devient : Vive les koalas (couvrant toute bête à poil et interventions féministes contrecarrant les discours nauséabonds). Sortir tôt du travail pour une session de travail intellectuelle et émotionnelle avec mon ex-collègue de thèse, en pleine rédaction de la sienne. Structurons ensemble toutes ces tentacules! On est déjà jeudi, pour finir ! La semaine est passée, pas trop lentement et avec un bon taux de survie.

Vendredi : faire le point au bureau sur le boulot à réaliser dans les prochaines semaines. Regain, sinon d’énergie, d’enthousiasme vis-à-vis des tâches qui m’attendent. Penser - déjà - au week-end, plein d’envie et plein de fatigue.  

Posté par Ness - Thor à 16:42 - Commentaires [0]

07 janvier 2016

La thèse, entre aliéanation et perspectives - I

carnets de thèse

Alors que Tiphaine Rivière sort son « Carnets de thèse », une BD aussi hilarante que désespérante sur l’expérience du doctorat en France, et que je viens de terminer le mien en Belgique, je souhaitais faire un point sur mon expérience de la chose.

Pour une fois, vous trouverez ici moins d’errances émotionnelles – néanmoins présentes car il s’agit d’un élément crucial à prendre en compte dans l’expérience – et plus d’éléments pratiques. Le tout dans l’idée de répondre de façon détournée à la question : est-ce uniquement une aliénation volontaire ? La réponse varie selon le pays et le domaine du doctorat, ainsi qu’en fonction des buts poursuivis par le/la doctorant-e, il me semble. Je livre donc un avis très situé.

Pour info, ce billet est une reformulation d’une réponse faite à une personne qui hésitait à s’engager et qui me demandait conseil : quelle est la réelle charge de travail, quelles sont les perspectives ? J’avais pris quelques minutes pour lui répondre sérieusement. C’est-à-dire autre chose que le « Cours, tant qu’il est encore temps! », qui sort spontanément lorsqu’on reste dans le registre émotionnel (dans lequel j’étais alors plongée jusqu’au cou).

Pour placer le contexte de ma réponse 

J’ai été assistante employée à temps plein pendant 6 ans. Mon temps était divisé en un mi-temps thèse, un mi-temps pédagogique partagé entre divers cours et pour divers professeurs... et un troisième mi-temps de valorisation de la recherche et projets divers (sans lequel tu ne te fais pas un nom dans le domaine, ni, c’est mon point de vue, d’expérience valorisable en dehors de l’université) et j’ai terminé l'écriture de mon doctorat hors délai.

Ecrire une thèse ne faisait pas partie de mes projets. Après mon diplôme, j'ai travaillé un an (sur un CDI de 2 ans) dans mon domaine de formation à l’extérieur. Le poste qui s'ouvrait à l’université représentait très pragmatiquement un contrat de 6 ans dans un domaine qui ne regorge pas d’offres d’emploi ciblées. Ce qui a pesé dans la balance : un salaire, être employée sur un sujet qui me plaît, ainsi que l'idée d'intégrer l'université, parce que ça en jette quand même un peu.

A la fin de mon contrat, à moins de ne pas trouver de job hors de l’université, je ne souhaitais pas continuer le parcours académique. Le niveau de sacrifice qu'il demande dépasse de trop loin le nombre de réelles opportunités de postes définitifs et ce fossé chiffré a été accentué par ma déception et mon désaccord grandissants vis-à-vis des choix politiques des universités actuellement.

Exploitation ou non ?

En Belgique, dans mon domaine et dans bien d’autres il me semble, se lancer dans un doctorat sans financement n’est pas la règle mais l’exception (que je n’ai pas rencontrée dans mon parcours). Cela veut dire qu’on a une bourse, ou, dans mon cas, un salaire confortable.

La course aux quelques heures de cours payées en retard lorsqu’elles sont payées, telle que relatée dans la BD n’a pas été ma réalité. Du point de vue de la rémunération, c’était un CDI comme un autre (mais en Belgique comme ailleurs, nous faisons actuellement face aux assauts de la précarisation de ce statut en partie enviable).

Ce contexte pratique fait beaucoup pour ne pas être considéré-e comme quelqu’un qui aurait mis sa vie entre parenthèses pour rester ou redevenir étudiant-e le temps de la réalisation de la thèse. J’ai aussi eu la chance d’évoluer dans un environnement où on m’a confié des responsabilités et des parties ou la totalité de vrais beaux projets, ce qui aide à se considérer et à être considérée comme travailleuse et chercheuse à part entière et non pas comme perdue dans les limbes (ni tout à fait étudiante, ni tout à fait chercheuse, ni tout à fait travailleuse => Je ne sais pas si c’est vraiment comme cela que cela se vit dans d’autres pays dont la France, mais c’est ce que j’ai perçu à la lecture de la BD de Tiphaine Rivière).

Si elle ne réside pas dans le contrat et le salaire, où se loge cette part d’aliénation volontaire qui fait partie du doctorat ?

La plus grosse aliénation volontaire réside dans le caractère personnellement engageant de l’expérience. Peu importe que j’ai essayé de considérer ma recherche comme un job normal, il s’agissait d’un défi solitaire entre moi et moi-même, d’un dépassement de soi, un parcours initiatique. Et c’est ce que j’ai pu constater chez la plupart de mes collègues également. Les errements personnels ou critiques extérieures sont donc souvent vécues comme une atteinte à qui on est et à notre travail plutôt qu’à notre travail uniquement. Tu « deviens » ta recherche.

Cela ne vient pas que de soi : le milieu dans lequel tu évolues accentue aussi cette porosité. Tu apprends et élabore une recherche à partir de rien, mais tu es déjà censé-e être expert-e et maîtriser l’aplomb universitaire. Il y a peu (voire pas, selon sur qui tu tombes) d’espaces bienveillants pour la progression et l’apprentissage. De plus, la réduction cellulaire type de l’université, à savoir « une personne, une recherche, un cv », implique ce flou entre toi et ton travail. Le jeu universitaire est rarement de faire avancer une cause ou un projet à caractère public et/ou collectif, mais toujours, et même lors de projets collectifs et/ou public, de faire avancer sa personne en paraissant plus expert et plus intelligent que la personne d’à côté. Et certaines critiques sont vraiment dirigées contre ta personne ET ton travail.

((Je continuerais à insister dans la suite de ce bilan sur ces deux facettes de l’expérience : le ressenti et le contexte. Car tu as l’impression que si tu n’avances pas, tout est de ta faute, comme s’il s’agissait toujours d’une simple question de volonté personnelle (sensation que l'isolement accentue), alors que les difficultés rencontrées trouvent aussi leur source dans un contexte de travail peu favorable.))

Le point culminant de l'aliéanation volontaire est l'écriture. Ma famille qui avait de la considération pour ce job tant que je sortais livres ou articles ou que j'étais sollicitée par la presse sur l'un ou l'autre sujet (ça marche à la fierté, les parents) n'ont plus rien compris à mon choix de vie une fois que je me suis transformée en écrivaine maudite et torturée devant sa page blanche et que je me suis enlisée. C'est vrai, pourquoi s'infliger autant de douleur dans la vie? 

D’autres aspects entre exploitation et aliénation volontaire seront relevés au fil des deux autres posts qui suivront celui-ci :

Le rapport biaisé entre vie privée et vie professionnelle. Le fait que tu es seul-e et mal équipé-e pour avancer mais néanmoins, tout ce que tu fais sert quand même le renom de ton université… qui malgré cela ne te promet qu’un long parcours de sacrifices et de précarité pour espérer gagner une rarissime place en son sein, sans ouvrir de porte mentale à aucune autre alternative, etc. 

Mais c'est un peu long (et peu joyeux, même si je ne tais pas le positif et que l'histoire finit bien), donc j'ai divisé en petites bouchées...

Posté par Ness - Thor à 15:12 - Commentaires [3]

31 décembre 2015

Un mot pour 2016

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J’arrive juste à temps pour vous présenter le mot qui me guidera pour l’année 2016 : ce sera « adaptation ».

L’arrivée de cette petite fille tant attendue ne peut se préparer qu'en partie.

Je ne sais pas vers quoi on va, quelles aventures nous attendent. Il y a toutes ces choses que je ne peux pas apprendre à l'avance mais que j’apprendrais en la rencontrant, en répétant les gestes jours après jours, en m’adaptant à elle. Il y a tout ces imprévus, ces premières fièvres, ces premiers rhumes, ces premieres sorties, auxquels je vais devoir réagir sans savoir si je serais du genre à paniquer ou à garder mon sang froid, à sur-protéger ou à laisser couler.

Il y a toutes ces choses que je ne sais pas comment je vais vivre, ressentir. L’ampleur du bouleversement émotionnel est inconnu. Je sais juste qu’il sera là, la chose dont je reste sûre étant mon hypersensibilité.

Il y a tout ce que Spéculoos va devenir, lui aussi, dans cette aventure, sans savoir quelle forme cela prendra. J’ai la sensation que je vais découvrir deux personnes dans un peu moins de deux mois.

Je le sens déjà, depuis le début de la grossesse, je m’adapte. Parfois malgré moi, parfois volontiers, parfois avec difficulté. Parmi ces adaptations, ma plus grosse difficulté, c’est de m’adapter à la perte de capacité physique et de ma légendaire endurance au moment où, justement, j’aimerais compter sur mes « anciennes » (disons plutôt : temporairement inaccessibles) qualités : le mode bulldozer de l’organisation et ma grande capacité à surpasser la fatigue pour le plaisir et l’urgence à réaliser des choses (en l’occurrence, faire mon nid). Je pense que cette sensation de ne plus pouvoir tout faire aussi vite et aussi parfaitement que ce que je souhaiterais (et ma barre est placée inutilement haute) va perdurer, donc autant m’y habituer.  Parmi ces adaptations, mon plus grand plaisir, ce sont déjà ces émotions inconnues, intenses et intimidantes qui me demandent de faire une place à une partie de ma personne que je ne pensais pas du tout être.

J’aimerais beaucoup faire une place à ce mot, cette idée, dans ma vie : adaptation. Une place à part entière, une partie de mon fonctionnement. Et pas une place à négocier à chaque fois. Une place de choix entre ma prévoyance, ma sensibilité et mon endurance. D’autant que, j’en suis sûre, il s’agit d’un mode de fonctionnement qui pourrait me servir en toutes circonstances, me faciliter la vie et m’ouvrir au monde avec plus de fluidité.

Car il y a un autre chantier qui demande adaptation, déjà entamé lui aussi : mon nouveau travail. Je m’y sens toujours aussi bien, il m’intéresse tous les jours d’une façon différente. Mais on ne mue pas si rapidement de 7 ans de travail à l’université. Le ton docte et complexe sur lequel il est attendu qu’on s’exprime là-bas, et qu’on finit par intégrer, laisse des traces. J’ai l’impression qu’en 8 mois, j’ai acquis tout ce que je pouvais acquérir par des lectures, des faits, des processus. Je n’ai pas encore exactement le bon ton pour autant. Mais le reste n’est pas écrit. Il ne peut s’acquérir que par imprégnation et adaptation.

Ensuite, il s’agira de lier la sauce entre toutes ces nouvelles composantes… ça en fait des défis en 2016 :)

Une année 2016 que je vous souhaite bien belle, intense, douce, sereine et joyeuse !

Posté par Ness - Thor à 16:16 - Commentaires [6]

18 décembre 2015

La semaine en vrac

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Cette semaine :

-  J’ai partagé deux jolis moments avec deux mamans bienveillantes et généreuses en conseils prodigués avec humilité, en crème hydratante pour le corps et vêtements de grossesse et pour nouveau-né. Ça fait beaucoup de bien, de trouver l’espace pour parler de l’intensité émotionnelle intimidante de ces derniers mois. Ça fait du bien de trouver cet espace en dehors du cadre amical habituel, où la concurrence entre mères est rude et le conseil un enjeu de pouvoir. Merci les trocs party pour ces relations qui perdurent…

- Lundi, j’ai enchaîné les réunions. Avec appréhension car cela fait un moment que je travaille en solitaire. En cours de route, je m’y suis sentie à l’aise.

-  J’ai épaté par ma compréhension du néerlandais, qui  n’était que relativement meilleure que celle de ma boss qui semble n’y comprendre strictement rien. Il en faut peu pour jeter de la poudre aux yeux.

-  C’est officiel, je suis lancée avec mon consentement et en solo sur un dossier technique, complexe avec travail politique accru et prise de parole directe. Je stresse, je carbure, j’aime ça. Mais achevez-moi ! (dit la fille qui n’a pas mis plus de 3 semaines à renier son auto-promesse de se tenir à carreau professionnellement)

-  Les chaises surnuméraires sont parties de l’appartement. Reste le vieux canapé rouge. Au plus je le regarde, au plus il me parait décrépi (décrépitude à laquelle le lapin-terreur a largement participé) et je me demande qui en voudra. C’est là que je reçois une réponse à mon annonce « à donner ». Si tout va bien, on lui dit au revoir ce weekend. Et le lapin récupère une place décente dans le salon, qui lui permet de reprendre son œuvre de terreur (menacer de grignoter tout ce qui se trouve à portée), parce que là, dans son exil momentané, elle sort peu.

- J’ai passé une soirée et une nuit en célibataire pendant que Spéculoos profitait sur le fil d’une place VIP pour la première de Star Wars à Anvers et finissait par y passer la nuit de manière totalement improvisée. Sans avoir réservé de chambre d’hôtel, sans caleçon de rechange et avec un I phone complètement à plat. Le soulagement lorsqu’il a réalisé qu’il avait aussi sur lui le portable du travail (un vieux nokia qui reste chargé trois jours d’affilée sans broncher) sur lequel j’ai pu envoyer deux trois infos utiles par la technique ancestrale du sms. On ne sauvera pas le monde avec des I phones, ça c’est sûr.

- Mon ancienne collègue de thèse, qui écrit la sienne, m’a entrainée dans une discussion sur la pertinence (absolue, à mon avis) de commencer les chapitres d’une thèse en histoire par des titres de chanson de Britney Spears.

- A mon grand désarroi, le rooibos « calisson » de chez Tea for two (amande au bon gout de massepain et orange) me donne l’impression d’abriter un dragon crachant du feu dans mon estomac.

- Ma sœur m’a fourni des citrons caviar. Je me réjouis de me rapprocher toujours un peu plus du grand but de ma vie : goûter le plus de variété d’agrumes possible.

- Une collègue m’a proposé son ancien lit de bébé, que sa maman garde précieusement, bien qu’elle commence à comprendre que sa fille ne procréera pas. Par contre, si elle me le prête, ma collègue pourra peut-être enfin faire comprendre à sa maman que ne pas vouloir d’enfant ne signifie pas « ne pas les aimer et ne pas aimer les femmes enceintes ».

- J’ai oublié la plupart des éléments importants de la semaine parce qu’elle fut chargée et est passée à toute vitesse. Je n’ai pas réussi à venir placer ici un article, en cours, sur la pertinence du doctorat et son caractère avéré ou non d’aliénation volontaire. Mais ça va venir. 

Posté par Ness - Thor à 16:02 - Commentaires [5]

11 décembre 2015

La semaine en vrac

 

TRANSPORT

- Je ne vous ai pas dit, mais à 31 ans, je découvre la joie du binge watching - terme emprunté à Anna E. - de séries en solitaire. Pour l'instant, "Bienvenue au Paradis". Rien de trop bouleversant.

- Cette semaine, j'ai approfondi mes connaissances sur le système de pension, sa mise à sac actuelle et les conséquences spécifiques pour les femmes.

- Saint-Nicolas est passé au travail, avec des boites de mini-smarties, pareilles à celles que notre grand-père nous achetait, à ma sœur et à moi,  par cargaisons entières à chaque Saint-Nicolas, persuadé que nous adorions ça (alors que pas plus que ça, mais on ne lui a jamais dit).

- Mardi, journée de conférences loin. Réveil ultra-matinal et retour tardif. Mais le plaisir de la gosette/chausson aux pommes dans le train. Pour trois interventions intéressantes et une intervention d'un économiste à vomir. Guide de survie de la femme enceinte en journées d'étude et conférences diverses : emporte ton casse-croute, même si le lunch est prévu. Il y aura des crudités sur tous les sandwichs et ceux à la viande crue seront posés sur ceux au fromage.

- Je me suis rendue compte que mon addiction série-télévisuelle portait sur une série qui ne comporte pour le moment qu'une saison de 13 épisodes accessibles via Netflix. Je suis à nouveau livrée à moi-même.

- Je me suis réjouie de voir que le Nouvel An au boulot (où chacune amène un truc à manger) a pour thème la couleur jaune. Vive le citron! Ha ben non, je suis la seul accro aux agrumes pour qui c'est une évidence. Vive donc le curry, le curcuma et l'ananas.

- Le travail, ce sont aussi des situations concrètes et dramatiques de violences conjugales et sexuelles, accentuées lorsque les femmes dépendent des liens du mariage pour rester sur le territoire, qui s'imposent dans ton quotidien. Et l'impossibilité de penser à quoique ce soit d'autre avant d'avoir trouvé une façon tout aussi concrète de réagir à cette injustice.

- Mercredi, livraison des courses alimentaires. A-t-on idée d'offrir gratuitement de la bière pour un certain montant d'achat ? Pour la première fois de ma vie, ça me parait aussi déplacé que d'offrir des cigarettes. Mais que m'arrive-t-il? (la dernière fois j'ai reçu des croquettes pour chat, je l'ai pris beaucoup moins personnellement. C'est ce qui arrive quand on commande des kilos et des kilos de litière... Pour un lapin).

- Je me sens quand même bien mieux quand Spéculoos rentre du travail en même temps que moi. Moins angoissée, plus apaisée. Je vous ai parlé de l'effet des hormones associé à la révolution identitaire de la maternité (oui, parce qu'il faut arrêter de rire, ce n'est pas uniquement les hormones, c'est aussi un ouragan qui t'arrive très objectivement sur la tronche) sur l'envie de pleurer et de manger du chocolat?

- Après plusieurs tentatives infructueuses auprès de personnes intéressées qui se désistent en cascade, j'appelle les Petits Riens pour l'enlèvement de notre canapé rouge. Pas avant le 6 janvier. Mais où va-t-on mettre le sapin de Noël?

- J'ai commandé mon nouvel agenda sur Etsy. Parce que j'ai l'impression que ma vie est complètement désorganisée, comme la série de post-it collés (un par rendez-vous) après le mois de décembre, dans les pages "répertoire" de mon agenda qui arrive à terme.

- Je me suis énervée toute seule à l'idée de revoir une connaissance qui n'a pas pris la peine de réagir à l'arrivée du bébé et qui annonce qu'il va devenir papa. On va finir par le féliciter avant que ça ne lui effleure l'esprit.

- J'ai recommencé à lire dans les transports. Youpie.

- J'ai bon espoir, pour la semaine prochaine, de réussir à venir insérer un billet ici, entre deux "semaines en vrac".

Posté par Ness - Thor à 19:10 - Commentaires [2]

04 décembre 2015

La semaine en vrac

 

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 Oui, mais non. 

- Le dieu du farniente et des lombaires (oui, ce doit être le même vu la synchronisation) m'a punie pour n'avoir pas respecté mon engagement de ne rien faire de tout le weekend. Alors que je ramassais et pliais du linge, je me suis violement coincée le dos (au point de ne plus pouvoir me lever, ma laver, mettre mes chaussures - mais pour aller où?) toute seule.

- C'était dimanche vers midi. Je ne tiens donc pas plus longtemps avant de me sentir oppressée par le farniente (même quand je l'aménage de façon particulièrement agréable).

- Lundi, je n'ai pas été travailler. Il m'est terriblement difficile d'avoir deux personnes à mon chevet, qui ont bloqué leur journée pour ça. Lâcher-prise et reconnaissance.

- La kiné pré-natale rencontrée à l'occasion m'a parlé de la technique du dentifrice pour l'accouchement. Visualiser et pratiquer la poussée du haut du corps vers le bas. Parce que ça ne sert à rien de pousser au milieu ou en bas du tube si le dentifrice est en haut. Principe que Spéculoos essaye de m'apprendre en vain depuis 9 ans de vie commune. Je ne pars pas gagnante. Mais en sortant, je peux lacer mes chaussures. Même si j'ai toujours mal.

- Mardi soir, l'un des certificats nécessaires à la vente de la maison de ma grand-mère a été réalisé. Pour l'autre, le professionnel qui devait se déplacer le même jour a annulé et reporté. Vu la dépense émotionnelle que constitue un aller-retour dans la maison de ma grand-mère par cette obscurité hivernale (autant pour ma soeur que pour moi), c'était une très mauvaise nouvelle. Mais ça ne sert à rien de lutter. Lâcher-prise.

- J'ai été sauvée de l'attaque d'une araignée géante par une opération aussi rapide que radicale (la technique de la semelle de chaussure, celle de ma soeur en l'occurrence). Je suis un peu triste pour l'araignée et superstitieuse (un si bon présage, malgré mon arachnophobie) mais je suis pratiquement sûre que ma grand-mère aurait préconisé (voire exigé) ce type d'intervention définitive (arachnophobe de grands-mères en petites-filles).

- J'ai reniflé la boîte dans laquelle se trouvait son sac à main qu'elle trimbalait depuis les années 70 et me suis revue avec elle sur les brocantes, quand elle sortait de son sac la liste, protégée par une feuille plastique, des numéros de Martine manquants à ma collection avant d'écumer les piles et les caisses de livres des vendeurs. J'emporterai cette boîte une prochaine fois. Là, je risque de renifler un peu trop souvent et de me faire du mal.

- Le lendemain, alors que je m'apprêtais à une nouvelle journée interminable (journée de travail + conférence en soirée), l'intervenante a annulé pour raison de santé. Mon dos la remercie.

- Nous avons obtenu une compensation de 150 euros de la part d'ikéa.

- J'ai mentionné en peu de caractères par texto à Spéculoos, faute de batterie, mon intention de rentrer avec le repas du soir par un laconique "Je rentre avec couscous". Mon dernier % de batterie s'est consumé dans la réception d'un sms demandant "c'est qui couscous?". -_-

- Le jeudi dans la journée, par je ne sais quel miracle, j'ai eu l'impression que mon mal de dos était en voie de disparition. Reste plus qu'à récupérer l'énergie qui est partie avec.

- J'ai développé des angoisses et une colère immense en me renseignant pour le boulot sur le droit des grands-parents, qui pourrait autoriser Voldemort - le petit nom donné à notre géniteur - à exiger un droit de visite sur mon enfant malgré ma décision de couper les ponts avec cette personne nocive (vu mes considérations sur la filiation et ma conception des rapports hommes femmes, je suis souvent en colère contre les impositions du droit de la famille mais là, j'ai mis la journée à me calmer).

- J'ai entamé ma wishlist de Noël sur demande expresse des beaux parents et réalisé que cette année, je ne veux rien ou pas grand-chose. A part une levée de fonds pour la restauration d'une gravure familiale à laquelle je tiens particulièrement, peut-être.

- J'ai découvert dans la presse qu'une horrible bonne femme donneuse de leçon dans les années 1960, dont je démonte les écrits en long et en large dans un chapitre de ma thèse, vient de commetre un nouveau livre. Je pensais sincèrement qu'elle était morte (et cette idée m'apportait une certaine paix). Je me fait une obligation de lever le voile sur son passé de joyeuse et consensuelle oppression des femmes (sous couvert de diffusion de la modernité) auprès de mes collègues et j'envoie un sms à Spéculoos (qui a déjà largement entendu parlé de son cas) pour crier mon indignation.

- Ma mère est venue nous aider à faire le ménage (dos bloqué + Spéculoos qui a cours de conduite tous les soirs jusque 21h, ça fait beaucoup de poussière à la fin de la semaine). Je suis gênée et mal à l'aise de la laisser en mode "fée du logis" avant d'aller travailler. Lâcher-prise et reconnaissance.

- Le vendredi, j'ai réalisé que la sage-femme que j'ai choisie pour les cours de préparation à la naissance consulte juste à côté d'un des meilleurs bars à bières de la Capitale. torture et frustration (et interpellation de Spéculoos qui le SAVAIT et s'est bien gardé d'attirer mon attention sur la question).

Posté par Ness - Thor à 19:29 - Commentaires [2]